Je suis assez gêné de ce qui se dit depuis tout à l’heure, notamment par ma voisine, car je perçois un discours très caricatural et idéologisé dans le sens où, lorsque l’on a un adversaire dans le camp sociétal, on a tendance, pour le combattre, à le dénaturer. Entendre parler de musulmans ou société musulmane me donne envie de rire, tellement la présentation donne l’impression de se référer à un élément sociologique homogène. Or, il est tout sauf homogène ; comme tout autre groupe social ou religieux, les musulmans sont profondément hétérogènes. La plupart des musulmans du quotidien veulent rouler dans une voiture de moins de 2 ans, prennent des crédits en banque sur 25 ans, regardent les émissions de télé-réalité et veulent posséder le dernier iPhone.

Parmi eux, en effet, certains engagent une redécouverte de leur foi. Je suis de la génération qui, au début des années 90, a redécouvert sa foi et je dois dire que, loin des caricatures, pour beaucoup, la redécouverte de la foi a été un élément d’intégration fort, notamment par les études dans le sens où, enfants d’immigrés nous sommes et, pour beaucoup d’entre nous, la pratique religieuse a permis que nous ne soyons pas dans la reproduction sociale. C’est-à-dire que la pratique religieuse a provoqué une conscientisation qui nous a amené à une rupture en termes d’élévation sociale avec la génération ouvrière de nos parents. Moi qui suis membre depuis près de 25 ans de l’Union des Organisations Islamiques de France que l’on dit proche des frères musulmans, je n’ai connu, à l’intérieur de cette fédération, que des éléments et trajectoires de réussite sociale avec, en effet, un souci conservateur en terme sociétal extrêmement prégnant.

C’est pour cette raison que j’ai participé à la co-fondation de la manif pour tous qui a constitué la principale opposition au mariage homosexuel. Je suis un musulman conservateur et n’ai pas à en rougir. J’en suis même assez fier. Le fait que certaines mosquées soient ouvertes aux homosexuels me fait très plaisir, parce que l’homosexualité n’est pas un fait d’excommunication religieuse. Donc, la caricature provoque un diagnostic faux, ne permettant pas de soigner de manière efficiente, un corps malade. Si nous avons une vue fantasmée des musulmans d’Europe ou du monde, considérons les musulmans à travers l’œil idéologisé du progressisme qui voudrait faire de la théorie du genre, du mariage homosexuel, de l’euthanasie les nouvelles normes, je dis non : je ne suis ni pour le mariage homosexuel, ni pour la théorie du genre, ni pour l’euthanasie.

En revanche, je pense que l’ensemble des courants religieux, musulmans ou non, doivent pouvoir s’exprimer sans être diabolisés. En effet, chez les musulmans, il existe des éléments radicaux et violents. Il faut les éradiquer : tolérance zéro. Jadis, les protestants ont souffert de la violence catholique en France. Mais les catholiques ont souffert de la violence protestante en Hollande. L’idéologie communiste a produit de la violence. Qu’il s’agisse de religion, de philosophie, de théorie politique, à un certain moment, des éléments de violence vont se manifester. Faut-il, pour autant, caricaturer l’ensemble à cause de ces éléments minoritaires ? Evidemment non : 90% des victimes du terrorisme sont musulmanes. Et le discours conservateur ne peut être neutralisé, notamment celui qui considère le mariage homme femme comme étant la norme, la cellule familiale comme la base de la société, les genres masculin et féminin comme différenciés, s’il est considéré comme élément rétrograde, intégriste, fondamentaliste, alors j’en fais partie.

Je souhaite, avec mes amis catholiques en France, devoir raser les murs. Par exemple, je viens d’un pays auquel je suis farouchement attaché. La presse française me définit comme nationaliste. Je me définis comme patriote. Je suis attaché à la France et à l’anthropologie catholique de la France. Au XVIIème siècle, il y a eu les lumières, un vocable profondément religieux pour des gens qui dénaturaient l’idée de la religion. Et puis, il y eu la révolution française au XVIIIème siècle où l’on a coupé la tête d’un roi parce qu’il était le garant d’un ordre religieux et, en 1905, un peu plus d’un siècle plus tard, on a séparé la religion et l’état. Puis, en 1968, il était interdit d’interdire et, en 1974, on a autorisé l’avortement. Enfin en 1999, l’union civile entre deux êtres du même sexe est devenue possible et, en 2014, ce fut le mariage homosexuel. On parle maintenant de procréation médicalement assistée, c’est-à-dire la possibilité, pour un couple de lesbiennes, d’avoir des enfants. Le gouvernement français actuellement légalise le fait qu’un couple d’homosexuels hommes puisse acheter un enfant à l’étranger et lui donner très normalement et librement les papiers français, une manière de légaliser ce qu’on appelle la Gestation Pour Autrui.

Ce que je veux dire par là, c’est qu’au XVIIème siècle, on a produit une idée caricaturale du catholicisme. Elle a permis une révolution athée. Cet athéisme a produit un bouleversement des valeurs qui a induit une négation des valeurs des sociétés et de l’être humain. Si l’on caricature aujourd’hui les musulmans au nom d’idéologies dites progressistes, en amalgamant le musulman, l’islamiste, le radical, le terroriste, on est en train de tuer un des bastions principaux de résistance à cette post modernité anti religieuse car si, au XVIIème siècle, un vent a soufflé sur l’Europe pour dire non à la religion, je crois que le pays auquel je suis farouchement attaché, qui a été nommée fille aînée de l’église, est aujourd’hui le premier consommateur d’antidépresseurs. Dieu a été chassé de la société et, forcément, à la place des valeurs initiées par Dieu, on trouve les valeurs de l’anti Dieu.

Je suis parmi vous aujourd’hui parce que je crois fondamentalement à ce que l’ensemble des personnes, croyantes ou non, conscientes de l’identité naturelle de l’être humain, de la famille naturelle, doivent prendre conscience des éléments majeurs qu’apporte la post modernité en terme de destruction des fondamentaux de l’être humain.

Madame peut ouvrir une mosquée LGBT. Pourquoi pas ? En revanche, produire un discours caricatural sur Erdogan, les musulmans en général, la charia, mot qui fait très peur car on coupe la main des voleurs et on tue les femmes grâce à elle. Cela ne veut rien dire : charia signifie code, par exemple manière de prier, de jeûner. A l’intérieur de la charia, certains éléments doivent être profondément modifiés, réformés. C’est le travail des théologiens qui y travaillent, parfois même condamnés à mort par DAESH. Mais, caricaturer l’ensemble de la pratique musulmane pour en faire un élément rétrograde va participer à fractionner, séparer davantage l’ensemble du camp des valeurs naturelles. Je n’ai pas de problème avec l’identité chrétienne de la France, musulmane de la Turquie. Je ne veux pas que la post modernité qui aujourd’hui propose la marchandisation des enfants se serve de la caricature de la religion pour imposer cette abomination qui contredit de fait la loi naturelle.

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