RESPONSABILITE HUMAINE, ALTRUISME, ET CULTURE DE LA PAIX
Mai CucLa paix mondiale est-elle possible ? A quel prix ? Plus que les institutions, la responsabilité humaine est décisive. Pour l’idéaliste, la paix doit triompher un jour, car c’est bien. Le réaliste objectera : nous ne pouvons pas abolir la guerre, c’est dans la nature des choses et dans la nature humaine. Dans une optique responsabiliste, ni les astres, ni les statistiques ni les gènes ne décrètent la guerre et la paix mais notre libre-arbitre. De plus, guerre et paix ne sont pas décidées par eux, mais par moi, par mon esprit quotidien de discorde ou de concorde. La question n’est pas : « Quand et comment le monde vivra-t-il en paix ? » mais plutôt : « Que ferai-je aujourd’hui pour la paix ? »

Le Manifeste 2000 pour une Culture de la paix de l’UNESCO préconise cette attitude :

« Conscient de ma part de responsabilité (…), je prends l’engagement dans ma vie quotidienne, ma famille, mon travail, ma communauté, mon pays, ma région de : (1) respecter toute vie, (2) rejeter la violence, (3) libérer ma générosité, (4) écouter pour comprendre, (5) préserver la planète, (6) réinventer la solidarité ».

Ces points ne sont pas nouveaux, leur liste reste ouverte. La nouveauté est d’évoquer la responsabilité.

GENÈSE DE LA GUERRE ET DE LA PAIX

Réalité historique de toujours, la guerre semble caractériser la nature humaine. En 1894, G. Vabert constate :

« De 1496 avant notre ère jusqu’à 1861, soit en 3 358 années, il n’y a eu que 227 années de paix, et 3 130 années de guerre, soit 13 années de guerre pour chaque année de paix. Au cours des trois derniers siècles, l’Europe a connu 286 guerres. De l’an 1500 avant Jésus-Christ jusqu’à 1860, plus de 8000 traités de paix furent conclus. En moyenne, ces traités sont restés en vigueur pendant 2 ans. »

En 1914, éclate la « Grande Guerre », qui fera 10 millions de morts. Mais en 1900, on croit au « progrès » : les idéaux démocratiques, le commerce international et le cosmopolitisme rendront la guerre désuète. Le 20e siècle commençant se veut optimiste sur la guerre et la paix. Hélas, ce siècle connaîtra deux guerres mondiales, puis 40 années de guerre froide (1949-89). Nos dictionnaires accueilleront génocide et crimes contre humanité, vocables d’horreurs inouïes.

L’INDIVIDU ET L’ÉTAT

Toujours et partout, l’homme fait la guerre. L’homo sapiens s’avère être un homo furiosus. Mais interrogez chacun : « Aimez-vous le conflit ? », nul ne répondra « oui ». Seule l’harmonie rend heureux. Hérodote disait : « Nul homme n’est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix. »

La contradiction entre l’aspiration à la paix et la réalité de la guerre amène certains penseurs à chercher la cause de la guerre dans un désordre dépassant l’individu. Pour Jean-Jacques Rousseau, « la guerre n’est pas une relation d’homme à homme mais une relation d’État à État». On guerroyait pourtant bien avant l’apparition de l’État-nation. Celui-ci a amplifié le recours à la guerre, sans l’inventer. Même aujourd’hui, maints conflits n’opposent pas des États souverains, mais des tribus au sein d’un État. Sans rejeter l’idée de Rousseau, nous suivrons Kenneth Waltz qui, dans Man, the State and War5, cerne le mystère de la guerre dans trois directions :

- le comportement humain

- les dysfonctionnements structurels au sein de l’État

- les rivalités entre les différents États.

Souvent, une contradiction interne fondamentale de l’homme nourrit l’explosion de violence extérieure, contre autrui. Le pouvoir politique tend à systématiser, rationaliser et justifier les explosions de violence, leur donnant la forme de la guerre. L’ennemi est perçu comme le personnage dont la soumission ou l’élimination apaisera la furie collective. Un retour à la paix et à une « vie normale » redeviendra possible. Pour Jacques Le Goff, les Croisades servirent d’exutoire aux passions belliqueuses et tensions sociales nées de l’essor démographique de l’Occident. La guerre, rite religieux perverti, procurerait une catharsis collective. La vraie paix propose au contraire conversion et métanoïa.

UN SENS PERVERTI DU SACRIFICE

La société préfère parfois la guerre à la négociation pour résoudre les conflits. Pourquoi ? À cause d’un sens perverti du sacrifice. La culture de la guerre, comme la culture de la paix, exigent le sacrifice : donner sa vie. Où est la différence ? La culture de la guerre demande de mourir pour les siens7, la culture de la paix demande de vivre pour les autres … avec courage, rappelait Maurras : « Nous croyons la paix fille de la nature. Pas du tout. La paix demande beaucoup d’efforts, d’intelligence, de dévouements ou de sacrifices.8 » Cela pose la question de l’orientation de l’amour humain.

Le Grec a trois termes pour l’amour. Eros nomme le besoin. Le sujet convoite et sacrifie à son plaisir l’objet attirant. Attirance à sens unique qui fait dire à Helvétius : « aimer, c’est avoir besoin. » Cette forme d’amour est compulsive, le sujet étant poussé à posséder. Résister à cette force impersonnelle susciterait une angoisse. Si extérieurement le sujet sacrifie un objet, au plan intérieur, il cède et sacrifie rituellement à une pulsion qui domine son libre-arbitre.

Philia désigne une attraction mutuelle entre sujet et objet. Les deux parties se percevant comme partenaires, leur relation comporte la pratique de sacrifices mutuels. Enfin, Agape évoque l’amour inconditionnel ou oblatif. Ici le sujet est prêt à se sacrifier sans contrepartie pour l’objet, même si ce dernier est au départ trop « éloigné » pour être naturellement attirant. Si Eros dominait nos vies, nous agresserions autrui à perpétuité. La Philia amène la paix entre peuples compatibles, mais  produit des trêves provisoires entre ennemis déclarés. La seule possibilité de faire avancer la paix est d’embrasser le camp adverse, de faire le premier pas sacrificiel. Deux nations traditionnellement antagonistes finissent parfois par être protagonistes, se sacrifiant pour un but supérieur.

Le cas européen l’a illustré. Les épopées militaires du Français Napoléon puis de l’Allemand Hitler étaient des tentatives érotiques de résoudre la question européenne : l’hégémonie d’une puissance centrale agissait pour séduire d’autres nations, les sacrifiant à ses désirs. L’hostilité de l’Allemagne et de la France explique largement les deux guerres mondiales. Après 1945, l’Allemagne vaincue est « sacrifiée », partagée en deux. À ce prix, l’Allemagne fédérale devient attirante pour la France. Les deux anciens ennemis constituent alors le « couple » moteur du projet européen : De Gaulle et Adenauer, Giscard d’Estaing et Schmidt, Mitterrand et Kohl seront les visages de cette philia. Au lieu de deux ego nationaux rivalisant pour l’hégémonie sur l’Europe, une construction européenne graduelle progresse par le partenariat des deux puissances du continent.

L’hostilité qui avait ruiné l’Europe s’est muée en amitié rationnelle de deux Etats, laquelle a rallié un nombre croissant de pays européens. Jusqu’en 1989, le couple moteur ne dirigeait son affection que vers les nations « aimables » d’Europe occidentale. Profitant du sacrifice de l’Allemagne affaiblie, la philia entre Bonn et Paris s’étendit à 6 nations, puis 9, puis 12. La contrepartie de cette philia élargie en Europe occidentale était une hostilité contre l’autre Europe, du Pacte de Varsovie. La Philia entre les pays d’Europe occidentale supposait de « haïr » l’autre camp, et vice-versa.

Le « sacrifice » de l’Allemagne prend fin en 1990. Une tension agite alors le couple franco-allemand. François Mauriac l’avouait cyniquement : « J’aime tant l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux. » La fin de la division allemande, l’effondrement de l’Empire soviétique, troublent la France pendant un temps. L’idylle des deux pays a-t-il vécu ? Grâce à l’énergie sacrificielle accumulée pendant des décennies, la marche vers l’unité de l’Europe se poursuit. Plusieurs traités accélèrent même l’intégration : abolition des frontières dans l’espace Schengen, adoption de la monnaie unique, entrée de dix nouveaux pays dans l’Union européenne, le 1er mai 2004. L’Agape gagne le continent.

D’autres sacrifices accompagnent cette réunification européenne : l’UE admet la Slovénie, mais exclut provisoirement le reste de l’ancienne Yougoslavie. Des guerres ont ravagé les Balkans, nécessitant une intervention américaine en Europe. La Russie à cédé non sans mal les trois États baltes, ancien « front de mer » de l’URSS, où vivent encore de fortes minorités russes. Enfin, Chypre entre dans l’Europe comme État coupé en deux. L’Europe reste toujours sensible à l’humeur franco-allemande. Le couple moteur semble motivé à faire de l’Europe non seulement un vaste marché, mais une puissance pesant sur la scène mondiale. Pour que les autres États acceptent d’avoir ainsi deux « aînés » en Europe, les deux pays devront consentir d’autres sacrifices. Le temps où les peuples d’Europe pouvaient mourir pour leurs patries sera alors révolu. On ne mourra plus pour Dantzig, Brest vivra pour Brest-Litovsk, Helsinki pour Nicosie.

ALTRUISME ET DÉVELOPPEMENT HUMAIN

Pour Auguste Comte et Émile Durkheim, la tâche première de la société est d’éduquer le sens d’autrui. Comte invente le mot Altruisme en 1852. S’efforçant de saisir la physique de la vie sociale, il voit en l’altruisme une force de cohésion et le définit comme souci désintéressé du bien d’autrui. Aucune société ne progresse sans sacrifices de ses membres pour le but de l’ensemble. Durkheim, lui, étudia comment passer de la solidarité mécanique à la solidarité organique. Dans une société archaïque, les individus sont peu différenciés, la similitude crée mécaniquement la solidarité. Dans une société complexe, les individus ont peu d’affinités, seule une conscience collective abstraite leur fait entrevoir une solidarité organique avec des êtres qui font partie d’un vaste ensemble, mais qu’ils ont peu l’occasion de connaître.

Qu’est-ce qui motive l’être humain à se sacrifier, à dépasser ses limites ? C’est la soif d’être reconnu – par la famille, la région, la nation, l’humanité : tous ces niveaux sont un déploiement du potentiel humain. En vivant pour des objets d’amour plus élevés et plus vastes, nous magnifions la valeur reçue à la naissance. Le désir d’ascension sociale, la course aux récompenses n’expliquent pas tout. Réussir dans la vie, c’est vouloir des biens, profiter de la vie. Réussir sa vie, c’est poursuivre le bien, faire profiter les autres de son rayonnement. Un sondage Sofres pour le magazine Le Point en 2002, révélait qu’aux yeux du public, le modèle d’une vie contemporaine réussie était Mère Teresa9. La vie bonne combine la croissance du cœur et l’expansion de l’amour. Avoir des objets d’amour toujours plus grands valorise notre potentiel et accroît notre aptitude à la joie. Quand les figures d’autorité d’un groupe donné – parents, enseignants, responsables divers – ne savent pas éduquer cette projection de soi, les frustrations s’accumulent comme de la vapeur, exposant les sociétés au désordre social, à la guerre civile, au conflit avec d’autres nations.

Le développement est donc une clé de la paix. Il faut développer la ressource humaine avant même les ressources naturelles. Dans les « dragons » d’Asie, les autorités se sont unies pour assurer la promotion des nouvelles générations, leur accès à une éducation de qualité. Une conscience nationale forte a inspiré un altruisme général. En Corée comme à Taïwan, une fois atteint le stade de la reconnaissance nationale, les élites ont cherché la reconnaissance suprême, c’est-à-dire mondiale. Ce type de développement renforce la paix dans les nations et entre elles : l’individu est assuré de trouver chez lui, dans sa famille, son clan, sa région, son pays – un tremplin vers le monde.

TRANSFORMATION DES INSTITUTIONS ET RÉFORME INTÉRIEURE

Après la Seconde Guerre mondiale, maintes institutions internationales apparurent pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre ». Ces institutions sont nécessaires, mais l’expérience montre que la réforme intérieure prime sur les transformations extérieures. Pas de réforme structurelle sans métanoïa. Après 1945, on tenta de canaliser les énergies nationales dans des directions constructives. Conscient que les Japonais avaient montré une extraordinaire capacité de sacrifice en temps de guerre, Mc Arthur croyait que la même énergie servirait la paix. Autrement dit, l’entreprise qui avait mené au désastre global en Asie quand le Japon voulut asseoir sa puissance en asservissant des colonies, se ferait pacifiquement si le Japon tendait vers l’excellence par l’effort de son peuple, créant un modèle de croissance pour l’Asie. De fait, la sphère de co-existence et de co-prospérité asiatique que le Japon avait voulu réaliser dans le Pacifique en se centrant sur sa gloire militaire et en sacrifiant ses colonies, est en gros ce que les dirigeants d’Asie, inspirés par le modèle nippon, veulent réaliser au nom des valeurs asiatiques. Dans la guerre comme dans la paix, le Japon était la clé de la question asiatique. Mc Arthur eut le génie d’obtenir une réforme de l’âme japonaise capable de transformer l’énergie destructrice en énergie créatrice.

Comment articuler réformes institutionnelles et changement intérieur ? Emmanuel Kant, dans son Traité de Paix Perpétuelle émit trois recommandations :
- La Constitution Civile de chaque État doit être républicaine. (Le gouvernement,  basé sur l’État de droit, est l’affaire de tous - res publica). L’État de droit importe plus que la simple règle de la majorité.
- Le droit des gens est fondé sur une fédération d’États libres (Kant juge despotique un gouvernement mondial).
- Le droit cosmopolite doit se borner aux conditions d’une hospitalité universelle.

Kant croyait en une extension graduelle de la paix. D’abord, certains États seront républicains. Puis les États républicains créeront une fédération, laquelle englobera un jour tous les États du globe. Kant croyait que les hommes agiraient de façon toujours plus responsable, comme sujets moraux et rationnels dominant leurs passions. Il entrevoyait l’émergence d’un esprit cosmopolite transcendant les frontières nationales.

Jusqu’à quel point les idées de Kant se sont elles vérifiées ? Ici, les opinions divergent. L’idéaliste dira que le 20e siècle a vu triompher la bonne volonté : naissance des pratiques non-violentes, Déclaration universelle des droits de l’homme, Création des Nations unies. Aujourd’hui, les nations démocratiques édifient des organisations régionales, la plus avancée étant l’Union européenne. Après 1945, l’Allemagne et le Japon épousèrent les valeurs démocratiques des vainqueurs, devenant de puissants partenaires dans le G7. De 1960 à 1975, beaucoup d’anciennes colonies devinrent indépendantes. Et après 1989, les pays d’Europe de l’Est, à l’exception des Balkans, ont connu une transition pacifique vers la démocratie. La démocratie et la coopération régionale gagnent aussi du terrain en Amérique latine. En Asie, l’ASEAN a pu absorber le Vietnam, le Cambodge, le Laos, et la Birmanie juste avant la fin du siècle.

Ces bienfaits institutionnels hâtent la venue d’un monde vers la paix, mais ne suffisent pas. L’esprit cynique ou sceptique le dira : malgré la bonne volonté, le 20e siècle a connu deux guerres mondiales avec leurs dizaines de millions de morts. Plus troublant, ces guerres décimèrent une Europe occidentale acquise à l’humanisme rationaliste kantien. Comme George Steiner le disait :

« L’éducation, la culture philosophique, littéraire, musicale, n’ont pas empêché l’horreur. Buchenwald est situé à quelques kilomètres du jardin de Goethe ; à Munich, pendant la Seconde Guerre mondiale, de l’entrée de la salle de concert où l’on donnait un superbe cycle Debussy, on pouvait entendre les cris des déportés hurlant dans les trains pour Dachau. La promesse des Lumières n’a pas été tenue. Les bibliothèques, les musées, les théâtres, les universités peuvent prospérer à l’ombre des camps de concentration. Nous le comprenons maintenant : la culture ne rend pas plus humain. Elle peut même rendre insensible à la misère de l’homme. »

Le plus sceptique sur la paix perpétuelle par les institutions serait probablement Kant lui-même. Kant avait un sens proverbial du devoir : ce que l’homme doit faire occupait une place centrale dans son esprit. Mais il connaissait aussi la lenteur du progrès spirituel. Loin de peindre la guerre comme le mal absolu, il voyait plutôt en elle un mal nécessaire, tant que l’homme ne peut agir comme sujet libre et responsable :

« Remercions la nature pour cette humeur peu conciliante, pour la vanité rivalisant dans l’envie, pour l’insatiable appétit de domination. Sans cela toutes les dispositions naturelles de l’humanité seraient étouffées dans un sommeil éternel. L’homme veut la concorde mais la nature sait mieux que lui ce qui est bon pour son espèce. »

Kant est nuancé : des transformations extérieures sont nécessaires pour amener un monde de paix. Mais elles sont insuffisantes sans réforme intérieure :

"Cette crainte constante de la guerre a forcé les chefs d’État à plus de considération envers l’humanité. Au degré de culture auquel est parvenu le genre humain, la guerre est un moyen indispensable pour le perfectionner encore. Ce n’est qu’après l’achèvement de cette culture qu’une paix éternelle serait salutaire, et possible".

VAINCRE LES OBSTACLES CULTURELS

Dans la situation actuelle du monde, la paix perpétuelle peut sembler utopique. En évoquant une « décennie de la Culture de la Paix » (2000-2009), l’UNESCO a-t-elle été trop optimisme ou vraiment prophétique, anticipant sur l’émergence d’une représentation du monde où la guerre serait impossible ? Comme Kant, elle situe le problème de la paix sur le plan culturel. La paix jouit d’institutions sophistiquées, mais le principal obstacle reste culturel. Quel est le problème ? Nous continuons de voir la guerre dans la nature de l’homme car elle serait dans la nature des choses. Nous restons prisonniers d’une vision dialectique du monde. Une vraie culture de la paix doit montrer que la guerre n’est pas une loi de la nature. Elle caractérise le phénomène humain. Mais elle révèle l’aliénation de l’homme, son égarement plutôt que sa vraie nature. Ira furor brevis est, souligne Horace : la colère est une courte folie. La colère est une aliénation mentale momentanée. Homo furiosus est d’abord hors-de-lui puis hors-la-loi. Quand on est hors de soi, on perçoit le monde comme peuplé d’ennemis.

OBSTACLE SÉMANTIQUE : LE TEST DE L’ENCYCLOPEDIE

L’aliénation apparaît dans des idées fausses dues au langage. Une culture de la paix doit d’abord écarter l’obstacle sémantique. Si on cherche un article sur la paix dans l’Encyclopedia Universalis, on est renvoyé à « Guerre », on plutôt « Guerre et Paix ». Avec des encyclopédies spécialisées, telles le Dictionnaire d’Ethique et de Philosophie Morale de Monique Canto-Sperber, ou le Dictionnaire de Philosophie Politique de Philippe Raynaud et Stéphane Rials, le résultat est identique. Baruch Spinoza disait : « La Paix est plus que l’absence de guerre ». En attendant, nos encyclopédies pèchent par absence de paix. La langue déclare facilement la guerre et se tait sur la paix.

Pour le Petit Larousse 2000, la paix est 1. La situation d’un pays qui n’est pas en guerre. 2. La cessation des hostilités. En 3e acception est évoquée la Concorde.14 Le Dictionnaire Robert précise que la paix désigne des rapports entre personnes qui ne sont pas en conflit et précise : « la paix n’implique pas de relations positives entre personnes et désigne plutôt des rapports calmes qui peuvent d’ailleurs n’être que de pure forme ». Le langage courant ne dit-il pas d’ailleurs « fiche moi la paix » ?

Le dictionnaire culturel en langue française déplore cette définition négative de la paix. « Toute définition a contrario est une dérobade. Mais celle-ci de double d’une mystification. Définit-on la beauté par référence à la laideur, et la santé comme l’absence de maladie ? »

Les langues d’Occident semblent percevoir la lutte et la guerre comme des attributs naturels de la condition humaine. Définir la paix négativement respecte d’ailleurs l’étymologie : pour les Romains, Pax ne pouvait être que le fruit d’une conquête imposant l’ordre et la tranquillité. Cette définition de la paix inspire chaque jour l’action des forces de l’ordre au plan intérieur : les policiers sont des « gardiens de la paix ». Dans les relations internationales, elle inspire les forces dites de maintien de la paix. On voit la petite place de la concorde dans les définitions du mot « paix ». Quant aux encyclopédies qui nous renvoient à « Guerre et paix », elles font camper la paix sur le champ sémantique des batailles. Comme si la guerre était le rapport premier, naturel, entre États, et la paix un correctif artificiel.

L’OBSTACLE STATISTIQUE

Interrogeant l’anomalie sémantique de la définition négative de la paix, le dictionnaire culturel en langue française y décèle « un discours sous-jacent, à savoir que c’est la guerre qui est première dans l’esprit des hommes, comme dans leur histoire. » On est là devant le deuxième obstacle à une culture de la paix : les faits et les statistiques. Si l’histoire humaine comporte en moyenne une année de paix pour 13 années de guerre, on peut en tirer des conclusions pessimistes pour l’avenir. La définition négative de la paix dans nos langages semble refléter la réalité de notre expérience humaine. En définissant la paix comme absence de guerre, nous relatons une expérience immémoriale.

L’OBSTACLE ÉPISTEMOLOGIQUE

Nous en venons au plus grand obstacle : la guerre semble plus perceptible et intelligible que la paix. Revenant sur l’analogie fréquente entre guerre et maladie, paix et santé, Gaston Bouthoul a cette formule : « L’un des critères de la bonne santé, c’est que l’on n’y sent pas ses organes. Le propre de leur bon fonctionnement est qu’il passe inaperçu, de même que la paix est machinale, sinon inconsciente. » Pierre Hassner rappelle que la culture de la guerre repose sur toute une tradition philosophique pour laquelle le mode principal de relation entre les êtres est la contradiction : « les formules ne manquent pas pour généraliser et fonder ontologiquement le primat de la guerre. »

Une des formules est la dialectique de Héraclite : « 1. Polemos est le père de toutes choses 2. Si la lutte et la guerre parmi les éléments de la nature étaient abolies, rien n’existerait. 3. Tout vient à l’existence et disparaît à travers la lutte. » La lutte est donc la nature de la nature, le socle de ses lois. Depuis Héraclite, le « réalisme » politique veut établir une analogie entre la « violence » de la nature et la justification de la guerre. Ce réalisme imprègne l’enseignement des relations internationales et donc l’éducation de nos diplomates et de leurs conseillers.

Thomas Hobbes entend légitimer le primat de la force pour pacifier les rapports naturellement violents entre les hommes. Voulant donner un statut scientifique à la politique, Hobbes transposa l’étude des phénomènes naturels aux phénomènes sociaux. « Ce qu’Euclide a fait pour la géométrie et Galilée pour la physique, écrit Claude Polin, lui s’estime en mesure de le faire pour la politique, et ce sera la première science politique accomplie. » Pour Hobbes, la nature suit des lois mécaniques, et l’état de nature est un état d’affrontement entre les êtres. De même, l’homme, dans l’état de nature, convoite et envie l’autre homme et se méfie de tous. Cette crainte générale bloque l’évolution de la société. L’homme reste un loup pour l’homme (homo homini lupus). La loi de la jungle se dépasse en créant la Cité. L’homme renonce à l’état de nature pour devenir citoyen. Dans l’état de nature, chacun est son propre maître, mais tous ces sujets dressés les uns contre les autres vivent dans la stérilité. Hobbes discerne trois causes principales de querelles : premièrement la rivalité ; deuxièmement la méfiance ; troisièmement la fierté. La première de ces causes fait prendre l’offensive aux hommes en vue de leur profit. La seconde en vue de leur sécurité. La troisième en vue de leur réputation. Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne en respect, ils sont dans cet état appelé guerre, guerre de chacun contre chacun. »

Pour avoir la paix, les hommes cèdent tout leur pouvoir au souverain. Ce dernier édicte ce que tous doivent faire pour la Communauté (Commonwealth) et façonne la vie de ses sujets selon son vouloir. Tel Dieu sur terre, le souverain a vocation à fabriquer l’homme. Let us make man : faisons l’homme, dira Hobbes. Pour lui, le souverain veut le bien de ses sujets et use de la raison. L’étude des relations internationales redonna vigueur aux idées de Hobbes. Pour les pionniers de cette discipline, les relations internationales sont caractérisées par l’état de nature entre les États, et par l’anarchie. Le seul moyen d’avoir la paix est que plusieurs États confient leur sécurité à un État plus puissant que les autres.

La philosophie allemande du 19e siècle fit triompher la dialectique dans notre représentation du monde : elle est la base du marxisme, qui affirme que les phénomènes naturels et les phénomènes sociaux ou historiques obéissent à des lois dialectiques, lesquelles permettent le mouvement et l’évolution. La dialectique de la nature est appelée matérialisme dialectique, la dialectique de l’histoire matérialisme historique.

Le matérialisme dialectique énonce trois « lois » qui se veulent scientifiques : selon la loi d’interrelation des opposés, toute entité est faite de deux sous-entités en lutte. « C’est la contradiction, le conflit des opposés, écrit le marxiste Afanasiev, qui sont la principale source de développement de la matière et de la conscience ». La deuxième loi énonce que toute espèce de changement dans l’univers est d’abord un changement de quantité, puis se traduit en changement qualitatif. Des changements de degré amènent des changements de nature. Selon la troisième loi – négation de la négation – toute entité existe d’abord comme affirmation, puis se trouve niée, et la négation est de nouveau niée.

Le darwinisme perçoit pareillement les phénomènes naturels. Darwin voulut comprendre deux mécanismes à l’œuvre dans la nature : le mécanisme de la variation, ou différenciation des espèces, et le mécanisme de la sélection naturelle. La concurrence entre les espèces fait disparaître les variations défavorables, ainsi que les individus qui en sont porteurs. Le capitalisme naissant fut qualifié de darwinien car il semblait justifier l’exploitation de la main d’œuvre ouvrière pour une amélioration générale de la société. Herbert Spencer appliqua le darwinisme pour expliquer la montée et le déclin des civilisations et justifier la notion de civilisations supérieures. Ces théories, même après la faillite politique du marxisme, influencent encore nos représentations. Leurs points communs sont évidents :
- Elles articulent les lois de la nature et les lois de la société pour fonder une science sociale.
- Elles s’appuient sur un matérialisme mécanique rigoureux. Seule existe la matière, animée par des forces internes qui expliquent le mouvement et le développement.
- Pour, garantir la sécurité, elles aboutissent à justifier la toute-puissance, laquelle dans ces philosophies politiques est une alliance de la force et de la raison au sommet de l’appareil d’État, chez Hobbes comme dans le marxisme. Cette toute-puissance sert une ingénierie sociale visant à transformer la condition humaine, en créant l’homme nouveau. Le matérialisme permet un messianisme de la toute-puissance humaine.

Le succès de cette vision du monde dans la modernité doit beaucoup à l’expérience vécue de l’État-nation. Rompant avec l’histoire antérieure, la révolution française fonde une histoire nouvelle avec un peuple nouveau, seul maître de son destin et d’un calendrier nouveau. L’accession à cette toute puissance exige la militarisation de la société, voire la terreur révolutionnaire. Elle se prolonge avec l’épopée napoléonienne. La Raison dans l’histoire, incarnée par Napoléon, ordonne la levée en masse du peuple tout entier pour faire la guerre à l’Europe et la remodeler à l’image de la France.

La raison étant commune à tous les hommes, tous sont citoyens. Étant tous citoyens et détenteurs du pouvoir, ils ont le devoir sacré de prendre les armes pour défendre la souveraineté et l’étendre aux peuples rebelles. Fille aînée des Lumières, la France célèbre sans scrupule l’alliance du sabre et de la raison, la force triomphant de ceux qui osent refuser la Loi. Ceux qui mourront les armes à la main pour libérer les peuples captifs seront les nouveaux martyrs de la raison toute-puissante. Les plus grands héros rejoindront le Panthéon, littéralement « tous les dieux. »

Théoricien de la guerre moderne, Clausewitz médita l’expérience révolutionnaire française : rejetant toute tradition sacrée, le peuple déclaré souverain érige la Raison en mode suprême de gouvernement. Ne vivant plus dans l’histoire, il écrit l’histoire, sous forme de conquête militaire au service d’un idéal philosophico-politique. La guerre devient l’outil privilégié de l’action politique. S’agissant d’une guerre nationale, elle suppose la levée en masse, le devoir de mourir pour les siens. Le nationalisme français inspira les réveils nationalistes dans l’Europe entière, menant à l’anarchie internationale et à la boucherie de la Première Guerre mondiale, l’extermination de tous par tous.

Aujourd’hui, le nationalisme de levée en masse semble désuet. L’héroïsme militaire perd son prestige. Mais en l’absence de modèle altruiste, de nombreux jeunes occidentaux prisent les conduites déviantes : drogue, vitesse excessive, délinquance ou sexualité à risque : toujours le rêve de dépasser la limite, de devenir un homme nouveau, de flirter avec le sacré via l’interdit, la violence. La massification de ces phénomènes et leur coût social sont inquiétants.

Ces déviances du matérialisme et du rationalisme menacent aujourd’hui l’Asie du Sud-Est : après des décennies de guerres révolutionnaires dévoreuses de vies humaines, les pays consentent des sacrifices volontaires à l’intégration régionale. Mais la loi du marché domine trop les rapports entre les États. La montée des conduites déviantes alerte les dirigeants : l’Indonésie fut longtemps un État centralisateur, technocrate et militariste. Elle est travaillée par les tensions inter-religieuses, la tentation terroriste des milieux islamistes et le séparatisme de certaines provinces. Après la folie khmère rouge, le Cambodge s’ouvre au marché mais garde un régime néo-communiste : la criminalité et le SIDA sont en hausse et le pays ne connaît pas de sursaut moral.

Un pays retiendra notre attention. Pays de tradition monarchique, dont l’image d’amabilité souriante reflète une réelle sagesse, la Thaïlande ne fut jamais colonisée, évita l’occupation nipponne, résista au mirage révolutionnaire. Son système politique reste très traditionnel. Le pays a moins souffert que ses voisins. Son poids et son prestige pourraient faire de la Thaïlande un État-phare et un modèle régional. Faute d’assumer ce rôle, synonyme de sacrifices, la Thaïlande est menacée dans ses forces vives : la drogue, le sexe, l’argent facile, les sensations fortes, attirent la jeunesse. Le bouddhisme possède de fortes figures morales censées incarner l’âme thaïe ; mais le clergé, trop rituel et lié à l’État, peine à se réformer pour fournir de vrais repères spirituels et moraux.

Dans la région, le leadership moral revient-il à Singapour ? La prospérité de la Cité-État doit beaucoup aux fameuses valeurs asiatiques, particulièrement aux sacrifices consentis par la cellule familiale. Parvenu à un rôle régional et même mondial, le petit État reste trop rigide, son leadership moral a un côté austère et rigoriste.

L’OBSTACLE MORAL

Difficilement pensable, la paix est aussi difficilement faisable. C’est l’obstacle moral. Vouloir la paix, agir pour la paix peut être équivoque. Sur la balance morale, l’héroïsme paraît plus grave et plus dense que l’aimable philanthropie. « La paix, disait Vauvenargues, rend les peuples plus heureux et les hommes plus faibles ». Le saint surpasse certes le héros, mais les saints inspirant le respect en termes de culture de la paix sont souvent des guerriers. Dans l’imaginaire français, Saint–Martin, Saint–Louis et Sainte–Jeanne d’Arc, sont très populaires. Or ils ont porté l’armure. Saint-Bernard ne fut certes pas soldat, mais son verbe enflamma les Croisés.

Désarmés devant la violence, les pacifistes semblent aussi désarmants d’angélisme. Le Christ bénit « les artisans de paix », mais précise : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive, on aura pour ennemis les gens de sa maison » : défi de chercher la paix dans un monde occupé par le mal, avec un cœur plus occupé de soi que d’autrui. Paul Fèvre condamne donc durement le pacifisme :

Le mot « pacifisme » a le suffixe propre aux conceptions abstraites ; et ses premiers tenants sont des doctrinaires. Leurs protestations de non-violence ne sont pas moins aveugles que la violence elle-même : en accolant une négation à l’absurdité de la force brute, on n’en fait pas sortir une plénitude de vie raisonnable. Ainsi les pacifistes ne brassent que du vide ; les voilà traités de rêveurs.
Mais l’auteur, bon pédagogue, ajoute aussitôt :
"Personne ou presque, ne dénigre aujourd’hui le pacifisme comme volonté de paix. Tout se passe comme si la paix universelle et définitive, malgré son caractère presque illusoire, devait pourtant régir de loin toute action. L’équivoque du pacifisme, objectif hors de portée et néanmoins indispensable souci, n’est pas dans le vocabulaire seulement. L’ambiguïté - une bonne ambiguïté peut-être - s’immisce désormais partout dans la politique. Et l’exigence s’impose de rechercher un équilibre pacifique mondial".

La lassitude de la guerre se généralisant, beaucoup d’États renoncent à la conscription. Le tort est de croire que toute l’énergie ainsi libérée doive s’investir uniquement dans la compétition économique ou la course aux loisirs. Ernst Jünger, héros allemand de la Première guerre mondiale, s’opposa au Nazisme et écrivit : « Pour mériter la paix, il ne suffit pas de ne pas désirer la guerre. La paix suppose un courage qui dépasse celui de la guerre : elle est activité créatrice, énergie spirituelle ». Toutes les figures d’autorité – parents, éducateurs, dirigeants – doivent concevoir des modes d’action permettant aux jeunes générations de pratiquer la culture de la paix. Le Projet Pakxe le propose à l’échelle d’une ville –Pakxe – pour un pays et une région.

L’OBSTACLE CULTUREL

Le dernier obstacle a trait à l’esthétique. La paix paraît banale : « la violence frappe l’attention beaucoup plus que la tranquillité, précise Gaston Bouthoul. Les premières peintures préhistoriques célèbrent des violences. Elles représentent surtout des hommes armés, des scènes de chasse ou de bataille. La place des récits de campagne, d’expéditions et de batailles dans le folklore, l’histoire, le théâtre, la littérature, le cinéma, suffit à prouver cette attention privilégiée. »

Une même malédiction esthétique semble frapper le mariage et la paix : l’amour n’est sublime qu’empêché par un tragique accident (Titanic), la maladie (L’Ecume des Jours, Love Story), la guerre de deux clans (Roméo et Juliette) ou l’interdit social : c’est le cas des nombreuses œuvres autour de l’adultère. Tout comme le mariage, « la célébration de la paix (…) reste la parente pauvre de l’histoire événementielle ». Les couples heureux sont sans histoire. Pareillement, la paix inspire peu les Créateurs, à une exception majeure : l’Ode à la Joie de Schiller, mise en musique par Beethoven dans la 9e symphonie est une des seules œuvres à célébrer le triomphe de la paix.

LES LIMITES DE L’IDEALISME

     - Diderot et l’analogie de la santé
Concernant la guerre et la paix, deux courants s’affrontent : l’idéalisme, voyant l’homme tel qu’il devrait être, le met devant un idéal, horizon de sa liberté et de sa conscience. Le réalisme ne voit en l’homme qu’un être de nature. La guerre est donc inscrite dans la nature de l’homme et des États qu’il fonde. L’idéaliste voit en la paix plus que l’absence de guerre : cesser l’hostilité pour bâtir l’hospitalité. La paix doit être bienveillance mutuelle. Voyant l’homme comme un loup pour l’homme, le réalisme voit surtout la paix comme sécurité, équilibre des forces. L’adversaire potentiel sera « tenu en respect ». La maxime idéaliste voit la paix en termes évangéliques : fais à autrui (le bien) que tu voudrais qu’il te fasse. Le réaliste veut aussi la paix, mais sous une autre maxime : ne fais pas aux autres (le mal) que tu ne veux pas qu’ils te fasse. C’est en gros le réalisme de Hobbes. Diderot conteste cette vision des choses. Selon Diderot, la paix est l’état naturel du corps social et politique, comme la santé est l’état naturel du corps humain. Et d’ajouter :
« La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c’est une maladie convulsive et violente du corps politique ; il n’est en santé, c’est-à-dire dans son état naturel, que lorsqu’il jouit de la paix. »

      - Augustin et la Concorde Bien ordonnée
Pour Diderot, la paix dans le corps politique, est avant tout une question de tranquillité, c’est-à-dire d’ordre. Saint Augustin essaie de combiner les deux sens du mot ordre : le sens de commandement jailli de la conscience morale de l’homme, et le sens d’harmonie, de relation objective entre les choses :

La paix du corps, c’est l’agencement harmonieux de ses parties ; la paix de l’âme sans raison, c’est le repos bien réglé de ses appétits ; la paix de l’âme raisonnable, c’est l’accord bien ordonné de la pensée et de l’action ; la paix de l’âme et du corps c’est la vie et la santé bien ordonnés de l’être animé ; la paix de l’homme mortel avec Dieu, c’est l’obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle ; la paix des hommes, c’est leur concorde bien ordonnée ; la paix dans la maison, c’est la concorde bien ordonnée de ses habitants dans le commandement et l’obéissance ; la paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens dans le commandement et l’obéissance , la paix de la cité céleste, c’est la communauté parfaitement ordonnée et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu.”

Cette vision peut paraître utopique, tant elle exige une conversion de l’homme. Mais Augustin est aussi réaliste. Il fait de l’artisan de paix un sujet moral et pas seulement politique et juridique. Il dit que la paix est mon affaire, pas seulement celle de l’État. Elle ne s’impose pas à moi du dehors sous forme de loi, fût-elle céleste, mais procède d’un « accord », d’une proposition de mon libre-arbitre. L’homme reste libre d’obéir ou de désobéir à sa conscience, et à Dieu (Augustin évoque une obéissance dans la foi). Augustin propose une paix des hommes, par les hommes et pour les hommes, en accord avec les lois du Créateur.

On reproche surtout aux idéalistes d’avoir peu systématisé leur discours. La réflexion sur la paix occupe une place assez périphérique dans leur réflexion, alors qu’elle est souvent au centre du discours matérialiste et réaliste. Sous des dehors brutaux et dépourvus de sentiment, Hobbes et Marx proposent des systèmes cohérents pour bâtir la paix mondiale. Rien de tel dans le discours idéaliste en général. 

     - Les limites de l’approche juridique

Saint Augustin fait dépendre la paix d’une attitude responsable de l’homme. L’ordre éthique (loi morale) qui fonde la liberté humaine s’y insère dans un ordre ontologique (loi naturelle). Les facteurs subjectifs et objectifs se rejoignent. De tous temps, des chercheurs ont essayé d’inscrire l’éthique de la paix dans le droit, puis de donner un réel pouvoir contraignant à ce droit.

Hers Lauterpacht aimait rappeler que « la paix n’est pas seulement une idée morale. Elle est un postulat légal. La logique juridique mène inévitablement à la condamnation, par la loi, de l’anarchie et de la force privée. » Le juridisme, qui fait de l’État de droit une clé de la bonne gouvernance, gagne aussi les relations internationales. Pour inspirer le respect, le droit international devra toujours se référer à une puissante éthique en amont et disposer de pouvoirs de contrainte en aval. À cette aune-là, certains clichés modernes d’ordre mondial sont utopiques, mais ont la vie dure, car ils dérangent peu. Combien de colloques internationaux énoncent les mêmes platitudes que professait jadis Anatole France : « La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs (il n’est pas permis de l’espérer) ; mais parce qu’un nouvel ordre des choses, une science nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l’état pacifique. » La paix y est affaire d’institutions raisonnables. Un certain ordre des choses finira par « imposer l’état pacifique. » On apportera la paix aux hommes, taillée dans de bonnes institutions. On pourra enfin « ficher la paix » aux pauvres humains fatigués, faute d’en faire des artisans de paix.

Les codes contractuels qui précisent les droits et devoirs de chacun sont utopiques quand ils sont sans énergie morale. Ce reproche d’aller vers un monde mieux organisé, mais sans vertu, vise souvent l’union européenne, bel ouvrage juridique sans âme. Vauvenargues avait saisi la dimension morale de la paix, laquelle est d’abord une aspiration du cœur humain. La paix bâtie sur la raison entre les États serait peut-être la paix perpétuelle chérie par Kant, mais la vraie paix est d’un autre ordre : « L’essence de la paix est d’être éternelle, et cependant, nous n’en voyons durer aucune l’âge d’un homme (…) Mais faut-il s’étonner que ceux qui ont besoin de lois pour être justes, soient capables de les violer ? »

Le juridisme n’est pas la seule utopie. D’autres approchent la paix à partir d’une vision utilitariste, managériale de l’homme : il s’agit de gérer au mieux les « ressources humaines », d’exploiter le capital de chacun, de l’inscrire dans un ordre certes, mais purement extérieur. L’ordre a un sens moral chez Saint-Augustin, et correspond à un appétit du libre-arbitre de l’homme. À l’inverse, bien des codes nationaux et internationaux actuels semblent vouloir instaurer la paix et l’ordre avec les hommes, mais pas vraiment par l’homme et pour l’homme.

De plus Saint-Augustin propose plusieurs niveaux de paix : dans l’individu lui-même, entre les différents étages de sa vie (hauteur et profondeur de la paix), puis entre les individus à des niveaux toujours plus étendus (largeur ou extension de la paix). C’est la vision fédérale de la paix : chaque partie d’un tout organique est un système organisé selon sa loi interne. Johan Galtung a lui aussi une vision équilibrée de la paix, où les facteurs institutionnels et les facteurs d’ordre moral coopèrent harmonieusement.

« Aucun fait ne vient corroborer l’hypothèse selon laquelle la nature de l’homme le prédestinerait à l’agression ou à la domination. Les structures visant à réfréner peuvent transformer les subalternes en sujets respectueux des lois, doux et dociles, mais elles peuvent aussi servir à justifier leur domination par ceux qui se trouvent au sommet. En troisième lieu, il existe des facteurs structurels et écologiques qui poussent les hommes à une violence directe et structurelle, mais ces facteurs sont modifiables. »

La paix, ajoute Galtung, est un problème anthropologique. Œuvrer à la paix n’est ni utopique ni déraisonnable. Il faut trouver l’alchimie entre de bons scénarii et de bons acteurs, sachant que le facteur humain doit primer. Rousseau le suggère dans son Jugement sur la Paix Perpétuelle :

Sans doute la paix perpétuelle est-elle à présent un projet bien absurde. Mais qu’on nous rende un Henri IV et un Sully, la paix perpétuelle redeviendra un projet raisonnable. 

ÉLÉMENTS POUR UNE CULTURE DE LA PAIX

Un grand obstacle freine la culture de la paix : la permanence dans la vie politique du discours dialectique. Celui-ci applique des postulats matérialistes à l’étude des phénomènes naturels et sociaux. La dialectique hante la philosophie politique depuis des siècles, de Machiavel (Le Prince), à Hobbes (Léviathan), Clausewitz (De la Guerre) et aux auteurs marxistes-léninistes. Enfants d’Héraclite, nous continuons de professer des slogans aussi populaires que : « si tu veux la paix, prépare la guerre », « l’homme est un loup pour l’homme », et « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ».

Une variante de la dialectique héraclitéenne affirme non que Polemos est le père de toute choses, mais que guerre et paix sont indissolublement liés : exister, c’est comporter la guerre et la paix entremêlés. Gaston Bouthoul commence ainsi son Que Sais-je ? sur « La Paix » : « La polémologie étudie la paix, la guerre et les conflits, trilogie inséparable de la vie des sociétés. Guerre et paix sont les deux faces du même Janus, l’envers et l’endroit de la vie sociale. »

UNE THÉORIE UNIFIÉE DE LA PAIX

Pendant la Renaissance, Érasme critiqua la Dialectique héraclitéenne. « La guerre, écrit-il dans Anti-Polemos est contraire à tous les buts pour lesquels l’homme a été créé. L’homme est né non pour la destruction mais pour l’amour et le service de ses compagnons26. Le Plaidoyer d’Érasme est honorable, mais trop doux. Selon Érasme, la nature humaine abhorre la guerre, mais qu’en est-il de la nature tout court ? Son éthique de paix était une incantation morale sans fondement ontologique. Au 20e siècle, Gandhi pressentit une théorie unifiée de la paix, englobant les phénomènes cosmiques et les phénomènes sociaux. Comme d’autres mystiques, il perçut dans l’amour la puissance ultime pénétrant toute la réalité. Dans sa vision, la non-violence (ahimsa) est plus qu’une résistance au mal politique. Ahimsa accompagne satyagraha signifiant « s’accrocher à la vérité. On peut aussi parler de force de la vérité, force de l’amour ou force d’âme. Le chemin de la paix est le chemin de la vérité … Quiconque dit la vérité ne peut demeurer violent très longtemps. »

La biologie évolutionniste actuelle conteste le dogme darwinien. L’éthologie animale décèle chez maintes espèces des stratégies mutualistes et coopératives de survie, d’accouplement et d’éducation des progénitures. Quand la nature devient morale … suggère même un article de Vinciane Despret dans un dossier sur l’altruisme. Philosophe et psychologue à l’université de Liège, elle rappelle que :

Depuis le début des années 60, le monde animal semble avoir bien changé. À un monde dans lequel prédominait une compétition assez sévère, voire la lutte de tous contre tous, se substitue une nature qui semble vouloir éviter la violence, et apparaît organisée sous le signe des alliances et de la coopération.

Pour certains, le bellicisme humain reflète une « loi de la jungle » du monde animal. « L’homme est un loup pour l’homme », selon Hobbes : un slogan assez creux. Les loups vivent dans des sociétés stables et pacifiques. Prédateur de poules et d’agneaux, le loup est serviable pour ses congénères. L’éthologie montre que la violence entre animaux d’une même espèce est codifiée et ritualisée. Quand des mâles luttent pour une femelle, le combat à mort est exceptionnel. En général, on s’arrête au premier sang. L’homme fait se battre des coqs ou des chiens à mort, mais l’animal n’enseigne pas ses coutumes à sa progéniture.

La hiérarchie dans une même espèce évite le combat. Après la chasse, les dominants mangent d’abord, puis laissent les autres partager les restes. Ne pas se faire de mal semble la règle, mais Despret va plus loin. Plusieurs espèces d’oiseaux ont un instinct étonnant : « L’aidant au nid renonce, du moins provisoirement, à assurer lui-même sa propre descendance et utilise son temps et son énergie en faveur de la nichée d’un autre. Comment pourrait-il transmettre cette caractéristique comportementale, aider les autres, à la génération suivante, si justement il ne met pas tout en œuvre pour favoriser sa propre descendance ? » Commentant les récentes découvertes en éthologie, Mme Despret commente avec humour : « L’altruisme : une loi de la jungle ? » Elle rappelle les observations du naturaliste P-A Kropotkine en 1902, dans L’entraide, un facteur de l'évolution.  Kropotkine révisa son catéchisme darwiniste en Sibérie. « Je n’y ai vu que preuves de soutien mutuel, d’amitié, de solidarité : nourrir l’étranger, adopter l’orphelin, aider l’autre en difficulté parfois au péril de leur vie, voilà le comportement des animaux. En majorité, les espèces vivent en sociétés. Elles trouvent dans l’association la meilleure arme de la lutte pour la vie. Les espèces où la lutte individuelle a été réduite, et où la pratique de l’aide mutuelle a atteint le plus grand développement, sont les plus nombreuses, les plus prospères, les plus susceptibles de progresser. Les espèces asociales sont vouées au déclin".

UNE DÉFINITION POSITIVE DE LA PAIX

Là s’arrête la comparaison : on ne peut prêter de sentiments moraux à la nature. L’altruisme suppose des sujets libres, se reconnaissant mutuellement comme tels. Disons simplement que les cas d’interactions mutuelles favorisant l’ordre et l’harmonie abondent dans la nature. L’erreur dialectique est de confondre scission ou division avec antagonisme. Le jeune Hegel épousait une philosophie non dialectique de la vie, qu’il abandonna ensuite : « Dans l’amour, écrit-il, ce qui était séparé subsiste non plus comme séparé, mais comme uni et le vivant (comme sujet) sent le vivant (comme objet). L’amour, plus fort que la crainte, met fin à la séparation. Ce qui est uni dans l’enfant ne se sépare plus à nouveau ; la divinité a agi et créé. Ainsi, le processus est le suivant : l’être un, des êtres séparés, et l’être de nouveau unifié. »

Hegel expose un processus en trois stades : à partir d’une origine commune indivise (1), apparaît une division (2) ou différenciation entre un sujet et un objet. La division est surmontée dans une union (3), qui est ici l’enfant. La force qui agit sur les vivants séparés pour les réunir est l’amour, et Hegel précise : « dans l’amour, le vivant sent le vivant ». C’est l’entente entre deux êtres : l’attirance émotionnelle de deux êtres qui se plaisent s’accompagne d’une réciprocité de deux consciences qui se comprennent et s’accordent.

Hegel ajoute deux choses :
1. Un cœur pur aime sans honte, mais avec le scrupule que l’amour soit parfait.
2. Il n’y a de véritable union, d’amour proprement dit qu’entre des vivants de puissance égale.

Hegel décrit la procréation comme un processus d’origine-division-union, où l’interaction du sujet et de l’objet suppose une réciprocité des consciences et des corps sous l’inspiration d’une origine commune et en vue d’une union, l’enfant.

Pour que deux êtres établissent entre eux des rapports (b) d’amour et d’équité (c) qui débouchent sur une union heureuse (d), La condition première c’est que chacun soit devenu libre, c’est-à-dire maître de lui-même (a). Pour aimer autrui avec équité, je dois être libre, accordé à moi-même. L’esprit maîtrise le corps. Le travail sur soi procure la liberté d’aimer autrui. Sinon, la relation sera déséquilibrée, inégale. En définitive, l’individu est le premier déclencheur d’unité et de paix. Libérer l’individu de tout ce qui entrave sa libération personnelle, c’est le premier pas vers la paix.  La plus petite unité où l’être humain expérimente le paradigme de la paix est la famille formée par l’union durable d’un couple et de ses enfants dans l’amour et en vue de la joie. Nous retrouvons la concorde bien ordonnée de Saint Augustin, mais cette fois avec un support ontologique. Et le paradigme de toute guerre est le divorce, la mésentente de ceux qui, s’étant aimés, se haïssent, se déchirent. Le terrain d’entente devient champ de bataille.

Tout être a deux buts : le but individuel de maintenir son existence et le but collectif d’exister pour un plus grand ensemble. Chaque ensemble s’inscrit dans un tout encore plus grand. En tant qu’êtres humains, par exemple, nous devons veiller sur notre santé et développer nos talents pour servir la société par notre travail et notre effort collectif. Ces deux buts sont complémentaires. Les deux lois qu’on vient d’exposer (action d’origine-division-union et complémentarité des buts duels) débouchent sur une définition positive de la paix : l’accord mutuel de sujets libres et égaux réunis par attirance réciproque en vue d’un bien supérieur.

Cette définition de la paix rejoint celle proposée en 1934 par Usakov pour expliquer le sens du mot mir en russe. Mir a pour connotation première « des relations amicales établies d’un commun accord avec quelqu’un. » La paix évoque donc d’abord l’expérience d’un accord interpersonnel heureux entre deux personnes. Comment passe-t-on de cette réciprocité des sujets singuliers aux aspects plus universels de la paix ? Par une curieuse coïncidence, le monde se prononce et s’écrit en russe de la même façon que la paix : mir. Des linguistes russes expliquent cette coïncidence en disant que le monde, idéalement, est une expansion de la communauté villageoise. Tout se passe dans cette langue, comme s’il y avait une connotation mondiale de la paix, en même temps qu’une connotation pacifique du mot monde, comme dans l’exclamation mir miru : paix au monde !

La loi énoncée par Hegel régit l’ordre naturel et l’ordre social : à partir d’une origine commune, deux éléments distincts apparaissent et ont une relation réciproque. L’énergie produite crée un nouvel être manifestant le but commun des éléments concourants. Le système solaire, par exemple, est apparu après s’être détaché d’une galaxie originelle. Les planètes tournent autour du soleil, et la lune tourne autour de la terre. Le soleil, la terre et la lune existent et interagissent en harmonie au sein d’un système stable. Par ces interactions, la vie est apparue et a colonisé la terre. Issue d’une même origine, elle se différencie dans les deux formes complémentaires des règnes animal et végétal, vivant en symbiose. Les échanges entre les deux règnes sont d’ailleurs indispensables pour l’écosphère.

Les principes d’origine commune, réciprocité entre partenaires et interaction pour un but plus élevé, régissent le monde naturel comme la société. La paix est la situation normale entre personnes et entre nations quand les facteurs essentiels d’une interaction harmonieuse sont réunis : des rôles précis de sujet et objet (l’un amorce l’action, l’autre répond), donner avant de recevoir, un but commun aux deux parties. Qu’un de ces facteurs manque, le conflit menace. Alors, qu’est-ce qui engendre les conflits ? Une perversion des lois de la nature. Beaucoup de conflits éclatent quand les protagonistes n’ont pas d’axe vertical, de référence à une origine fondatrice ni de projet commun pour leur interaction. Les parties prenantes se trouvent alors dans un huis-clos déséquilibré, où l’un voudra prendre le dessus sur l’autre.

EXEMPLES HISTORIQUES

Hegel souligna que, même lorsqu’un ordre vertical existe, les parties prenantes doivent faire un travail sur elles-mêmes et sur la conduite de la relation. La liberté des protagonistes est essentielle pour des rapports pacifiques. Une personne ou un groupe qui ne sont pas libres, qui sont en déséquilibre interne, auront des rapports conflictuels. Par ailleurs, toute interaction doit veiller à maintenir l’équité entre partenaires. Si la liberté de l’un est vécue par l’autre comme dominatrice et tentée par la toute-puissance, le dialogue tourne à la dialectique.

Les exemples empruntés à la nature et à l’éthique sont légion. L’histoire fournit aussi des exemples. Deux cas illustrent l’action d’origine-division-union :

Abraham est l’ancêtre commun des Juifs et des Arabes. Une cause lointaine de leur rivalité est la division entre les deux fils d’Abraham : Isaac, ancêtre des Juifs, et Ismaël, ancêtre des Arabes. Plus tard, la lignée d’Abraham se scinda encore entre Juifs et Chrétiens. Les rapports entre les trois branches du même tronc monothéiste ne furent pas toujours hostiles. Un exemple de coopération fut l’Andalousie d’avant la Reconquista. La brillante culture mozarabe rayonna sur Cordoue et Grenade, synthèse des cultures musulmane, juive et chrétienne. Citoyens de Cordoue, le Juif Maimonide et le Musulman Averroès, œuvrèrent à une synthèse entre la philosophie grecque humaniste et la révélation monothéiste.

En 1948, Les Juifs se virent octroyer l’État d’Israël, entouré d’États arabo-musulmans, avec la bénédiction de nations chrétiennes. Malgré de terribles conflits depuis 1948, des avancées ont lieu, au prix de sacrifices des deux côtés. L’Egyptien Sadate mène la dernière grande guerre de plusieurs États arabes contre Israël en 1973. Ayant mis sa vigueur dans la guerre, il la met ensuite dans une offre de paix. Maître de lui, Sadate invoque le Dieu unique à la Knesset. La médiation du Chrétien Carter aboutit à des rapports nouveaux entre l’Égypte et Israël. Toutefois, Sadate succombe sous les balles des Frères Musulmans en 1981. La logique terroriste de l’OLP l’emporte alors sur les guerres classiques, mais des sacrifices des deux parties aboutirent aux accords d’Oslo et aux cérémonies de 1993 où le président Clinton réunit Rabin et Arafat à Washington. Mais un fanatique juif assassine Rabin. Cela illustre que chaque partie doit être libre pour offrir une paix équitable à l’autre. Quand les Israéliens et les Palestiniens seront prêts, dans leur propre camp, ils s’accepteront mutuellement.

Autre exemple de l’action origine-division-union : le 25 décembre 800, Charlemagne est couronné empereur romain et empereur d’Europe. Son Empire était une fédération, recouvrant presque les futurs six États fondateurs de l’Union européenne : Allemagne, Italie, France, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas. Les querelles entre les petits-fils de Charlemagne précipitent la fin de l’idée carolingienne, scellée par le Traité de Verdun en 843. Le traité donna naissance aux frères jumeaux de l’Europe occidentale : France et Allemagne. Dans les temps modernes, l’hostilité croissante entre les deux enfants terribles de l’ancêtre commun Charlemagne, vire à l’apocalypse. La ville de Verdun en est le théâtre. Là même où l’Empire Carolingien se scinda en 843, eut lieu la bataille majeure de la Grande guerre. 300 000 soldats y laissèrent la vie, allemands pour moitié, français pour l’autre. En 1984, une cérémonie se déroula à Verdun : Helmut Kohl et François Mitterrand y joignirent leurs mains. Verdun est à présent ville internationale de la paix.

Jamais achevé, le processus d’origine-division-union entre Allemagne et France rencontre des défis :
- Le couple doit garder « une certaine idée du poids de l’histoire et de la façon dont l’autre se perçoit et se comprend lui-même »30, rappelle Helmut Kohl. Le lien bilatéral a des racines à ne jamais oublier
- Le lien privilégié n’est pas exclusif : éviter le « ou bien … ou bien », et pratiquer le « non seulement, mais encore ». L’Allemagne est tournée vers l’Est, la France vers la Méditerranée. Chaque pays garde son identité et sa liberté.
- L’entente est le moyen, non la fin. Elle sert un dessein supérieur, bâtir l’Europe : certains États européens ont perçu dans le quarantième anniversaire du traité d’amitié un parfum d’auto suffisance narcissique d’un couple tendant à oublier ses voisins.
- Enfin, l’union oscille entre mariage d’amour et mariage de raison. « Passée la lune de miel, la vie quotidienne reprend le dessus » commente Helmut Kohl. Un jeune étudiant allemand dit l’inverse, et parle d’une nouvelle génération qui doit « bâtir non pas avec la France, mais avec les Français une véritable relation amicale ».31 Un sondage effectué pour le 40e anniversaire du traité montrait son succès populaire : 57% des Français et 58 % des Allemands considèrent spontanément leur voisin respectif comme le principal partenaire. La Grande-Bretagne vient loin derrière (respectivement 8 et 6%).

NOTRE RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE DE DEVENIR ARTISANS DE PAIX

Au début d’un nouveau millénaire, L’UNESCO invite chacun à bâtir quotidiennement la paix. L’âge de la guerre moderne avait démocratisé l’héroïsme guerrier. Verser son sang, donner sa vie pour son pays, était le devoir du citoyen-soldat. La démocratisation du sacrifice ultime généra les massacres du 20e siècle, dont Clausewitz fut le prophète. Nous cherchons à présent le Clausewitz de la paix et la pensée fondatrice de l’irénologie. Cette nouvelle pensée démocratisera la tâche de bâtir la paix. Chaque être humain, du seul fait qu’il est un citoyen souverain, doit être artisan de paix.

Une personne d’un caractère mûr donne la priorité au but de l’ensemble. En dépassant notre désir personnel, en donnant la priorité aux autres, nous contribuons au but de l’ensemble. Des sacrifices librement consentis pour un but supérieur et reposant sur l’amour, ne désintègrent pas l’élément qui est sacrifié, mais l’aident au contraire à se magnifier. Les problèmes surgissent quand on met l’individu au-dessus de l’ensemble. Quand notre promotion personnelle prévaut sur le bien-être des autres, nous sommes vite en conflit avec eux, et avec la société. Ego est père de Polemos.

Une famille se brise quand les membres font primer son bonheur sur celui des autres. Les conflits minent une société quand un groupe défend des privilèges plombant la collectivité. Cela vaut aussi au plan international. Mais l’égoïsme ne s’avoue pas toujours comme tel. Les empires coloniaux investirent parfois beaucoup dans leurs possessions, y apportant le développement et d’indéniables bienfaits. Mais la logique d’ensemble restait l’intérêt de la métropole. La colonisation et la décolonisation se firent donc rarement à l’amiable, et plus souvent au prix d’âpres conflits nourris de ressentiments. Les colonisateurs avaient souvent un amour érotique pour leurs colonies ; seules des crises graves incitèrent à évoluer vers la philia, le rapport d’égal à égal.

VERTU INDIVIDUELLE ET MONDE DE PAIX

L’altruisme est le socle de l’éthique. Mais avant de donner à autrui une qualité d’amour équitable, on doit être maître de soi-même. Ceux qui manifestent de telles qualités sont reconnus dans chaque culture. À l’inverse, quand une personne ne peut surmonter ses conflits intérieurs, l’égoïsme mine son comportement. L’être humain cherche en effet à servir et à donner pour être reconnu. Mais une personne à la conscience déchirée, au code moral immature, se lassera vite de donner et renouera avec ses démons. La culture de la paix commence avec l’aptitude à surmonter l’égocentrisme, représentation du monde où le moi est au centre des pensées, des sentiments, des actions.

La personne égocentrique dissimule parfois l’amour de soi derrière le charme, la séduction, voire une générosité qui créent l’illusion d’aimer. Ainsi, certains tyrans inspirent des élans passionnés, tout en nuisant à leur peuple. L’égoïste peut déployer des stratagèmes pour donner à la violence un habillage d’altruisme qui inspire le respect. Inversement, une personne exercera parfois une transition d’autant plus pacifique dans son pays qu’elle aura mis son ego au pilori. Gandhi renonça à toute dignité sociale, puis à tout rapport sexuel avant d’entamer son ministère non-violent en Inde. Lech Walesa, Vaclav Havel, Nelson Mandela connurent la prison et les humiliations. Pendant 28 années, Mandela pratiqua l’ascèse et un certain détachement. Ses huit ans de présidence portent l’empreinte du renoncement à soi. Même si le bilan politique sud-africain depuis 15 ans comporte des points noirs, la logique de paix y dispose d’atouts solides. De la prison, Alexandre Soljenitsyne tira cet enseignement :

« La ligne de démarcation du bien et du mal ne traverse pas les États, ni les classes, ni les partis politiques. Elle passe au milieu du cœur humain. Cette ligne oscille en nous au gré des années. Et même dans des cœurs envahis par le mal, une petite tête de pont vers le bien se maintient vaille que vaille. À l’inverse, même dans le meilleur des cœurs, il y a toujours ... un petit recoin de mal qui n’est pas déraciné ».

L’UNESCO incite chacun à bâtir la paix chaque jour. Cela demande une purification intérieure. Plus de purification, c’est moins d’épurations. Le conflit ne commence pas quelque part dans la société, brisant des familles, des groupes sociaux, des nations. La guerre naît dans le cœur de chacun ; et y meurt. Le premier conflit est le déchirement du moi. Le conflit commençant dans l’individu, la résolution des conflits doit commencer en soi. La paix commence quand chacun cultive sa vertu, comme Spinoza le souligna :

« La paix n’est pas l’absence de guerre, elle est une vertu qui a son origine dans la force de l’âme, puisque l’obéissance est une volonté constante de faire ce qui est bien selon la loi commune. Une cité où la paix repose sur l’inertie de ses sujets mérite le nom de servitude. Quand je dis que le meilleur État est celui où les gens vivent dans la concorde, je dis que les gens vivent une vie vraiment humaine, une vie qui n’est pas définie par la circulation du sang et les autres fonctions communes à tous les animaux, mais principalement par la raison, la vertu de l’âme et la vraie vie. »

Quand l’égoïsme ronge l’individu, la famille devient un champ de bataille. Quand l’égoïsme ronge une famille, la société devient le champ de bataille. Quand l’égoïsme ronge une nation, le monde devient un champ de bataille.

RECHERCHES SUR L’ALTRUISME ET LA PAIX

La culture de la guerre et la vraie culture de la paix reposent sur le sacrifice : sacrifice du sang ou sacrifice de l’amour. Sacrifier l’amour, c’est dépasser la limite de l’amour ordinaire. N’aimer que la société de nos semblables, c’est ne pas dépasser la paix dans un pays, une région, un lieu saint. La vraie culture de la paix adopte la feuille de route suivante : unir mon esprit et corps et vivre pour ma famille. Les membres d’un même foyer voudront servir des familles de tous milieux autour d’elles. La mairie, les citoyens, les responsables communautaires doivent s’unir et vivre pour leur région. Le gouvernement central, l’administration et les provinces doivent s’unir et vivre pour la nation. Les pays d’une région donnée doivent vivre pour le continent. Et les continents uniront leurs efforts pour bâtir un monde de paix. Sacrifier le premier amour à un amour plus lointain ne doit pas être artificiel. L’intégration sacrificielle qui reste économique ou politique et ne passe plus par l’émotion, nie la nature humaine. L’être humain est avant tout un être de cœur, et le cœur est l’élan irrépressible de chercher la joie en aimant et en étant aimé. Il n’y a pas de substitut au désir d’aimer, il n’y a pas non plus de limite. Les seules limites sont celles de l’égoïsme. On ne dira jamais de quelqu’un qu’il aime trop. Par contre, toute société met des limites au-dessous desquelles l’égoïste devient hors-la-loi.

Ceux aiment l’humanité entière connaissent la félicité suprême. Les personnages qui marquèrent le plus l’histoire humaine sont les plus grands saints : Krishna, Bouddha, Confucius, Jésus, Muhammad. Leur « empire » a traversé les siècles sans dépérir. Loin de s’opposer entre eux, leurs empires spirituels doivent converger vers la civilisation de l’universel. D’où l’intérêt de promouvoir la culture de la paix et d’établir un modèle de croissance et d’expansion de l’amour au service de la paix. Ainsi sera mise en valeur l’« influence spirituelle commune à tous les peuples » chère à Berrêdo Carneiro.

Le général Sherman parlait de la guerre comme Enfer ou Pandemonium. En réalité, les guerres mettent parfois un terme à un enfer encore plus affreux : l’égoïsme. Quand aucune autre solution que la guerre ne permettait d’abolir l’esclavage aux États-Unis, la guerre civile éclata. La solution n’étant pas définitive, la guerre reprit un siècle plus tard, et Martin Luther King déclencha une autre croisade : non plus celle de l’égalité formelle entre blancs et noirs, mais celle de l’équité entre les citoyens. King mena son action non-violente comme un combat, sans effusion le sang.

La culture de la paix incite les citoyens à une vie responsable et altruiste. La recherche académique peut montrer la corrélation entre l’altruisme et la paix. Samuel et Pearl Oliner sont un couple de chercheurs enseignant à l’Université d’État Humboldt de Californie. Fondateurs de l’Institut pour la Personnalité Altruiste et le Comportement Prosocial, ils ont étudié une population de personnes appelées rescuers (sauveteurs). Ces personnes risquèrent leurs vies pour sauver des Juifs de la Shoah. Leur livre, intitulé : la Personnalité Altruiste : Sauveteurs de Juifs en Europe Nazie (Free Press 1988) fournit des éléments pour une culture de la paix. L’ouvrage montre qu’être artisan de paix est moins une affaire d’institutions impersonnelles que d’engagement personnel. Dans un article publié en mars 1991, les deux auteurs soulignaient :

Que nous disent les sauveteurs sur la promotion d’une culture de la paix ? Leur discours peut développer en nous un certain sens de la responsabilité envers autrui, même lorsque « autrui » veut dire « l’étranger ». Ils nous disent aussi comment ce sens de la responsabilité peut devenir une passion. Celle-ci peut atteindre un stade où le souci de sa survie revêt moins d’importance qu’une sorte de souverain bien. Et cela peut aller jusqu’à une attitude de dépassement de soi. Cet élan, pensons-nous, est essentiel pour mettre la guerre hors-la-loi et cultiver les conditions sociales plus propices à la paix. Il faut plus qu’une absence de guerre pour assurer la survie du village global ; il faudra rien de moins qu’une aptitude des habitants de ce village à se conduire de façon altruiste.

Un passage de leur article montrait comment le cœur humain doit croître de l’attachement érotique à la philia (amour réciproque) puis à l’agape (amour inconditionnel). Une bonne harmonie entre ces différents niveaux d’amour est une clé du bien-être et d’un monde de paix :

Ceux qui apprennent à ne priser que leurs proches peuvent esquiver toutes les responsabilités envers les autres, jusqu’à les déshumaniser pour justifier leur détachement. Ne s’occuper que de l’humanité abstraite, c’est s’exposer à des idéologies qui rendent insensibles au sort des gens banals. A ne s’occuper que de l’humanité abstraite, les vraies gens peuvent devenir des objets dont on dispose. Nous avons proposé de parler de caractères « extensifs » pour décrire des sujets qui gardent le sens de relations inclusives et le souci du particulier.

Mais où trouver la personnalité altruiste ? Où trouver chaleur et intimité, mais aussi une volonté de s’étendre aux autres, y compris les étrangers ? Les auteurs suggèrent que des liens familiaux solides favorisent la proximité interpersonnelle, la responsabilité et le souci des autres, et sont donc favorables à l’altruisme et à la paix.

Les attentes familiales des sauveteurs avaient tendance à être assez hautes, surtout par rapport aux valeurs d’autonomie, responsabilité, attention à autrui. Par l’insistance des parents sur ces valeurs, les sauveteurs se distinguaient des autres. Nous en concluons que les pouvoirs publics doivent être attentifs à tout ce qui peut renforcer des liens chaleureux et forts entre parents et enfants. Or, puisque de telles expériences ont tout lieu d’intéresser la société dans son ensemble, elles ne peuvent être du seul ressort des familles. Les institutions sociales, y compris les institutions académiques et religieuses, ainsi que les agences des pouvoirs publics, doivent être partenaires de ces entreprises.

Des institutions démocratiques, comme Kant et d’autres les préconisaient, sont le corps ou la forme extérieure de la culture de la paix. L’aspect intérieur est l’engagement individuel, les « habitudes du cœur », de Tocqueville. Pour irriguer les institutions, le flot de l’amour individuel doit passer par le canal de la famille où l’esprit et le corps s’unissent.

Edgar Morin nous invite à approfondir la pensée concentrique. L’individu est lié au monde par plusieurs patries : la famille, la tribu, la nation ... L’universalité, loin d’effacer ces enracinements, constitue leur horizon naturel. Selon Morin, l’unité est le trésor de la diversité humaine, et sa diversité le trésor de son unité. La paix de l’ensemble suppose la paix des parties. Des nations en paix bâtiront un monde de paix, et dans ces nations, des individus et des familles en paix. Puisque la paix mondiale passe par la création d’entités régionales, nous pensons que la création de cultures régionales (bouquets de cultures nationales) sera le grand chantier de la construction de la paix.

Edgar Morin, chantre de la terre-patrie, ne dit pas assez combien cet effort doit se faire en chacun, dans sa vie quotidienne. La deuxième mutation que demande la construction de la paix, c’est l’idée que la paix est l’affaire de chacun, et non des États. Federico Mayor est plus sensible à cette paix du « dedans », gage de la paix du « dehors ». Le recul de l’État peut être une chance pour la paix si l’homme devient plus responsable :

« Installer la paix dans les esprits, dans les cœurs, dans la culture. Avec la montée en puissance de la société civile, le moment a rarement été plus propice. Toute action individuelle, même modeste, compte. La paix ne s’entend plus comme un accord entre les puissants, comme une grâce qui descend d’un pays privilégié à un moment donné ; elle est un état de la société auquel chaque citoyen contribue à chaque instant. »

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Bibliographie

- Manifeste 2000 pour la Culture de la Paix et la non-violence, 4 mars 1999. Voir www.unesco.org/Manifeste2000
- Revue des Deux Mondes, Paris 1894
- Propos cher à Raymond Aron, qui l’avait gravé sur son épée d’académicien. Voir Paix et Guerre entre les Nations, 2e ed. Paris, Calmann-Lévy, 1984.
- Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat Social, Livre I, chapitre 4
- Kenneth Waltz, Man, the State and War, New York, Columbia University Press, 1959
- L’Histoire, Septembre 1995
- Dans Aleksander Nevski (1937) d’Einsenstein, le Prince Aleksander dit à un soldat russe dénué de courage : « Si tu n’es pas prêt à te battre en terre ennemie, tu n’es pas digne de la terre natale. »
- Maurras, Mes idées politiques, La guerre et la paix, pp. 139-145
- http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/101002_reussir_r.htm
- Vers la Paix Perpétuelle, deuxième section
- « La Culture ne rend pas plus humain », entretien de George Steiner avec D. Simonet, l’Express, 28 décembre 2000, pp. 8-9
- Kant, Idées pour une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique, 4e proposition
- Kant, conjecture sur les débuts de l’histoire humaine, remarque finale
- Le Petit Larousse Illustré 2000, Editions Larousse, Paris 2000, p. 735
- Le dictionnaire culturel en langue française, sous la direction d’Alain Rey, Volume III, p. 1287, Paris 2005
- Gaston Bouthoul, La Paix, Que Sais-je ? N° 1600, Paris 1974, p. 24
- Pierre Hassner, article « Guerre et Paix » dans Dictionnaire de Philosophie politique et morale, sous la direction de Philippe Raynaud et Stéphane Rials, PUF, Paris 1996, p. 257
- Thomas Hobbes, le Léviathan
- Paul Fèvre, Pacifique (Equilibre), in Encyclopedia Universalis
- Gaston Bouthoul, op.cit. p. 22
- Ibidem
- Article Paix - L’Encyclopédie
- Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIX, 13
- Johan Galtung, La Paix est-elle possible ? Anthologie de la Paix, UNESCO op. cit. pp. 211-213
- Gaston Bouthoul, op.cit. p.5
- Erasme, Anti-Polemus, Plaidoyer de la Raison de la Religion et de l’Humanisme (1510).
- Gandhi, Guerre et Paix, 1926
- Sciences humaines, mars 2000, p. 28
- G.W. Ecrits théologiques de jeunesse, cité par Kostas Papaioannou, Hegel, Seghers 1973, pp. 116-117
- Citations extraites d’un entretien avec Helmut Kohl pour Die Welt et Le Figaro du 23 janvier 2003.
- Alexandre Soljenitsyne, l’Archipel du Goulag
- Baruch Spinoza, Traité Politique, Chapitre 5
- Pearl et Samuel Oliner, Altruism and Peace, dans le International Journal on World Peace, mars 1991, p. 37
- Ibid, p. 38
- Ibid, p. 38
- Federico Mayor, Le Courrier de l’UNESCO, novembre 1995, p. 7

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