« La généalogie du terrorisme moderne »

par Laurent LADOUCE

Phénomène moderne, Le terrorisme est fortement lié aux idéologies totalitaires. Il emprunte aussi à divers courants anarchistes et nihilistes. Si la terreur et le terrorisme furent d’abord le monopole de l’Etat révolutionnaire durant la révolution française, la terreur est ensuite devenue une arme de subversion contre l’Etat.

La séduction du terrorisme est impensable sans la réhabilitation du personnage de Caïn. Le terrorisme désinhibe le complexe de Caïn, et voit dans le meurtre d’Abel une transgression salutaire, nécessaire au progrès. Les rôles sont inversés, Abel s’est attiré le châtiment qu’il méritait. Au tournant du dix-neuvième siècle et après la Révolution française qui inventa la terreur, on assiste à une mise en accusation d’Abel, un faux juste, et à un éloge de Caïn, son meurtrier, présenté comme justicier, et porteur d’une violence purificatrice et d’une rupture salutaire. Lord Byron, Baudelaire et Karl Marx, bien d’autres artistes ou penseurs ont tous œuvré à la diffusion d’un courant idéologique où le meurtre d’Abel par Caïn est parfaitement excusable.

C’est pour cela que la pulsion désespérée qui anime la pensée et l’action terroriste s’accompagne aussi d’une tentation de toute-puissance (se prendre pour Dieu), qui dépasse le ressentiment vengeur contre l’injustice. On s’aperçoit que face à la tentation du terrorisme, le discours humaniste et rationnel montre ses limites. Il faut parfois une force d’âme peu commune pour trouver une alternative autre que la violence. Ce fut, pour Mahatma Gandhi, l’option non-violente. Pas moins radicale dans ses objectifs de transformer la condition humaine que la révolution violente, la révolution non-violente consiste à s’infliger la souffrance volontairement au lieu d’infliger des pertes à l’ennemi. Dans les années 60, Malcolm X fut tenté par l’action terroriste pour lutter contre la ségrégation raciale, alors que Martin Luther King opta pour une stratégie non-violente.  Nelson Mandela est passé peu à peu d’une défense de l’action terroriste à l’option non-violente.

Dès lors, la réponse au terrorisme ne peut pas rester purement politique et militaire. Le terrorisme est une tentation très puissante. La réponse implique une dimension spirituelle et morale, et notamment une initiation à des modes de résolution non-violents des conflits. La réponse au désespoir, au déshonneur et à la disgrâce, c’est un réel espoir, un réel honneur, une réelle grâce. Pour que le monde musulman écarte cette tentation, il ne doit pas simplement s’indigner et proclamer « pas en notre nom » devant des actes barbares. Il doit lancer, au nom des musulmans, et en amitié avec les autres courants spirituels, une révolution non-violente et des actes nobles, qui combleront les espoirs trop longtemps déçus des peuples d’Orient.

Laurent Ladouce est directeur de recherche à la Fédération pour la Paix universelle. Après avoir animé la commission de travail sur « le rêve africain », il dirige actuellement l’Espace Culture et Paix à Paris, qui travaille sur une encyclopédie de la paix. Il est aussi l’auteur du livre : « Le Projet Paksé : une contribution du Peuple laotien à l’unité de l’Asie du Sud-Est et à la paix mondiale. »

(source media-presse)



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