À 80 ans – Quel avenir pour l’ONU ?
À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la création des Nations Unies, une rencontre-débat s’est tenue le 7 novembre au siège de la Fédération pour la Paix Universelle (FPU), à l’Espace Barrault à Paris. Placée sous le thème « À 80 ans – Quel avenir pour l’ONU ? », cette rencontre était consacrée à la réflexion sur les objectifs poursuivis par l’institution et sur son avenir dans un monde en profonde mutation.
Huit décennies après la proclamation de la Charte de San Francisco, le multilatéralisme semble fragilisé par des conflits de civilisation, des guerres civiles et des crises environnementales qui remettent en question les valeurs universelles alors proclamées. Parallèlement, l’aspiration au non-alignement, partagée par la majorité des États issus de la décolonisation, et la recherche d’un multi-alignement non occidental traduisent la volonté d’associer, dans les relations internationales, aussi bien les acteurs étatiques que non étatiques.
Analysant cette évolution, le professeur Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), a ouvert le débat sur le thème : « Le non-alignement, le polymorphisme du système international : solutions à la léthargie du multilatéralisme ». Il a plaidé pour un investissement accru dans l’éducation des peuples à disposer d’eux-mêmes et pour une ouverture à la concurrence institutionnelle face aux Nations Unies.
Considérant le droit de veto réservé aux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale comme un privilège aujourd’hui dépassé, et évoquant le discours de Phnom Penh du général de Gaulle, qui affirmait en 1966 que l’émergence des pays non alignés était devenue une évidence incontournable, il a esquissé la perspective d’un modèle international non aligné et multipolaire, susceptible de remettre en question le système onusien actuel.
Monsieur Jacques Marion, président de FPU France, a pour sa part insisté sur la nécessité d’une diplomatie religieuse permettant de combler certaines lacunes des Nations Unies. Il a rappelé qu’à la création de l’ONU, le religieux avait été volontairement écarté, dans le contexte de la Guerre froide naissante — illustration en étant donnée par le fait qu’il fallut attendre vingt ans avant qu’un pape, Paul VI, prenne la parole à la tribune de l’ONU.
Il a ensuite souligné que la fin de la Guerre froide avait permis une prise de conscience : les conflits ethniques et religieux, de plus en plus nombreux, nécessitaient désormais une véritable diplomatie spirituelle au sein de l’institution. Dans cette optique, face à la perspective évoquée plus tôt d’un système international non aligné et polymorphe, il a noté que celui-ci risquerait de succomber aux tendances autocentrées des nations si l’avenir n’était pas guidé par des valeurs universellement partagées.
De nombreux participants ont pris part au débat, posant des questions pertinentes et alimentant un échange d’idées riche et constructif, qui s’est prolongé autour d’un buffet convivial.







