Tahiti : un paradis turbulent en quête de paix intérieureÀ l'aube du 20e siècle, Paul Gauguin peignit à Tahiti son chef-d'œuvre D'où venons-nous ? Que sommes nous ? Où allons-nous ? « Des questions philosophiques pour Gauguin, des questions pratiques pour le quotidien actuel des Tahitiens », devait dire Laurent Ladouce, venu de France pour former des responsables locaux à un programme d'éducation du caractère. La réunion s'est tenue dans la salle du conseil de la mairie de Papeete, les 19 et 20 septembre 2009.

À l'aube du 20e siècle, Paul Gauguin peignit à Tahiti son chef-d'œuvre D'où venons-nous ? Que sommes nous ? Où allons-nous ? « Des questions philosophiques pour Gauguin, des questions pratiques pour le quotidien actuel des Tahitiens », devait dire Laurent Ladouce, venu de France pour former des responsables locaux à un programme d'éducation du caractère. La réunion s'est tenue dans la salle du conseil de la mairie de Papeete, les 19 et 20 septembre 2009.

Mme Jacqueline Lienard (gauche) présidente de Vivre sans Drogue  et Mme Kay Teriierooiterai (droite),en charge du département de l’éducation à l’hôtel de Ville de PapeeteParrainé par la branche locale de FPU, l'événement avait pour thème : « La famille, école de l'amour pour réussir sa vie ». Madame Kay Teriierooiterai, juriste en charge des affaires éducatives à la mairie de Papeete, et Madame Jacqueline Lienard, présidente de Vivre sans Drogues, avaient généreusement mobilisé leurs ressources et leurs réseaux pour préparer ce programme. Les deux Ambassadrices de paix de la FPU ont remercié le Dr Colette Takigawa, qui coordonne les activités de la FPU en Polynésie française depuis 2007 et Madame Catrine van din Klage, venue de Sydney pour représenter le secrétariat général de la FPU-Océanie.

« Le tableau de Gauguin montre un groupe de Tahitiens à tous les âges de la vie, du berceau à la tombe, a poursuivi Laurent Ladouce. Dans cette fresque de format panoramique, l'horizontalité est soulignée par le caractère nonchalant des personnages assis ou couchés. Le temps passe, la vie va, et la peinture évoque un bien-être naturel et sans souci ; pourtant, plusieurs personnages debout et surtout la figure du milieu évoquent la quête d'un dépassement, et de valeurs plus hautes ; un équilibre difficile à trouver, n'est-ce pas ? »

Tahiti : un paradis turbulent en quête de paix intérieureLe public ne pouvait qu'être d'accord. La plupart des participants à ce séminaire étaient venus en tenue décontractée et montraient une grande placidité. Mais leur attention et concentration pendant deux jours auront été sans faille. La plupart sont des citoyens concernés qui ont créé des associations pour lutter contre les dérives d'une société qui n'est plus idyllique.

L'archipel a toujours attiré les étrangers en quête de nouveaux horizons spirituels et sociaux. La population locale est une des plus métissées du monde. La vie était plutôt clémente jusqu'au milieu des années 1990, mais à l'aube du vingt-et-unième siècle, le territoire lointain connaît un malaise général. Sur fond de crise politique et économique persistante et de mal être moral et culturel, les problèmes sociaux traditionnels deviennent incontrôlables. Quelques jours avant la tenue du séminaire sur la formation du caractère de la FPU, un documentaire de M6 a fait monter la tension. Le film montre l'envers du décor paradisiaque et ne s'embarrasse pas de nuances. On y voit des hélicoptères de gendarmerie traquant les plants de paka lolo (haschish local) dans la jungle tahitienne, des forces de police brûlant des tonnes de stupéfiants dans les cours des commissariats, des images brutales de pauvreté, d'alcoolisme, de violence familiale, de prostitution et une certaine impuissance, pour ne pas dire un aveuglement des autorités locales. Le documentaire posait les mêmes questions que Gauguin, mais sans sérénité ni réconfort.

« Ce documentaire est une honte, ont lâché certains Tahitiens d'âge moyen lassés par le double jeu des divers dirigeants, mais meurtris par la noirceur du tableau. Les journalistes cherchent le sensationnel et nous enfoncent encore plus. Ils voient la surface, sans poser les vraies questions, et en particulier la responsabilité de la métropole dans le climat actuel. » Les jeunes Tahitiens ou ceux qui vivent à Tahiti depuis longtemps sans faire partie de la culture polynésienne, ont une réaction différente. « Le film est un miroir brutal d'une réalité que beaucoup ici refusent de voir en face, ou dont ils ne se sentent pas responsables. Nous n'aimons pas qu'autrui regarde nos tares, et préférons culpabiliser entre nous. »

250 000 habitants peuplent l'archipel du Pacifique sud, éparpillés sur un empire maritime plus vaste que l'Europe. Du temps des essais nucléaires français, l'argent abondait. Beaucoup ont une nostalgie de ce passé récent, teintée de culpabilité. Sans plaire à tous, la lourde présence française était plus ou moins acceptée par les Tahitiens, Paris choyant ses lointaines possessions. Avec le démantèlement des bases nucléaires, la donne a changé. La Polynésie française jouit d'une grande autonomie, et l'indépendance n'est plus tabou, un mot du Pacifique. Les prix flambent, les salaires trop élevés rebutent les investisseurs, le chômage est élevé, et l'avenir est incertain pour beaucoup de jeunes. La production et la consommation de drogue rongent les villes principales. La police locale et la gendarmerie nationale ne sont pas sur la même longueur d'onde pour combattre ce fléau, le ministère de la santé local est mal préparé pour affronter ces problèmes sociaux. La prostitution de rue est très répandue et l'éclatement de la famille est préoccupant.

Tahiti : un paradis turbulent en quête de paix intérieure

« Chercher le bien tout en poursuivant les biens, harmoniser les valeurs spirituelles et les valeurs matérielles est difficile partout, a précisé Laurent Ladouce pour introduire le programme de formation du caractère. Nous pouvons indéfiniment blâmer les autres ou nous-mêmes pour le déséquilibre, mais une chose est sûre : nous cherchons l'harmonie entre l'intérieur et l'extérieur car c'est l'essence du bonheur. Il ne s'agit pas de savoir si Tahiti a des problèmes. La question est davantage de savoir si les Tahitiens cherchent de vraies joies pour eux et leurs proches ou se bercent d'illusions. »

Interrogés par le formateur sur leurs buts dans la vie et leurs modèles, les participants ont donné différentes réponses. « Je souhaite monter un projet humanitaire au Vanuatu, a dit un homme. Obama est mon héros, sa vie est mon modèle. »

Une jeune mère souriante, la fleur sur l'oreille, a précisé : « Protéger mes enfants et les rendre heureux est un but dans ma vie. Ma mère est mon modèle, j'aimerais lui ressembler. »

Une famille entière était venue, et le père forme à présent sa fille aînée, âgée de 22 ans pour prendre la succession de son imprimerie. « Une famille heureuse et une bonne affaire utile à la population, voilà des buts concrets », souligne le père. Et il ajoute : « Il faut du caractère et de la coopération pour réaliser ce rêve. »

Laurent Ladouce a alors donné une présentation sur les principes universels et les buts de la vie. « Former le caractère, c'est plus qu'inculquer des vertus ; c'est aider à accomplir les buts de la vie. Le premier but est la maturité du caractère et l'harmonie entre l'esprit et le corps. Puis vient l'amour qui passe par l'harmonie entre mari et femme. Le couple doit fonder une famille qui soit une école de l'amour. Enfin, nous devrions tous épanouir notre créativité et être utiles à la société. »

La première session a pris tout le samedi après-midi. Le dimanche matin, une formation spéciale sur la drogue a fait travailler les participants par groupes de 3 à 4 personnes, pour répondre à des questions de base : qu'est-ce qu'une drogue ? Quels en sont les effets ? Pourquoi les gens prennent-ils de la drogue ? Quel est le profil du toxicomane ?

Les explications qui ont suivi ont éclairé les participants. « La drogue est un problème moral et spirituel plus que médical, a précisé Laurent Ladouce. Les drogues sont des ersatz pour les vraies joies de la vie. On prend de la drogue pour avoir un moment fort. La prévention fondée sur la formation du caractère souligne le rôle des euphories naturelles. Celles-ci sont liées aux buts de la vie. Quand un jeune fait des efforts pour tendre vers la maturité et se bat pour dépasser ses limites, il connaîtra des joies dont les drogues n'offrent que de pâles copies. Pareillement, les liens du cœur en famille et avec les amis sont la meilleure prévention. La drogue est un médiocre succédané de l'amour. Enfin, une vie de créativité et d'excellence donnera de grandes satisfactions. »

Madame Jacqueline Lienard est une figure connue du combat contre la drogue à Tahiti. La présidente de Vivre sans Drogues était venue au séminaire avec son équipe de formateurs. Malgré sa douleur d'avoir vu son fils sombrer dans la dépendance, elle a eu le courage de créer cette association respectée à Tahiti pour ses programmes de prévention et de réhabilitation. Ella a prolongé la présentation en ajoutant des points relatifs à la situation locale dominée par le haschish l'Ice et le GHB (drogue du viol). Brossant un tableau assez sombre de la situation, elle a prôné un sursaut et une approche multidisciplinaire.

Le programme de 2 jours s'est clos sur une présentation traitant d'éthique familiale et de sexualité. Jadis, les Européens qui découvraient la Polynésie étaient frappés par un sentiment d'innocence sur la sexualité dans cette région. Aujourd'hui, la situation est tragique, les Tahitiens en conviennent. Malgré la ferveur d'une population très chrétienne, les grossesses juvéniles, l'inceste, le viol, la prostitution, l'éclatement de la famille sont répandus dans tous les milieux.

Après les conférences et un exposé du Dr Takigawa sur la FPU, beaucoup de participants sont devenus Ambassadeurs de paix de la FPU. Les réactions étaient honnêtes. « C'est assez idéaliste, a dit quelqu'un, et on est bien secoué. » Une autre personne remarquait : « Cet enseignement nous va droit au cœur. Nos cultures sont censées avoir ces valeurs spirituelles et morales. Nous sommes en pleine confusion des valeurs. » Les Ambassadeurs de paix ont convenu de travailler ensemble sur des sujets précis et d'étendre le réseau local. Les présentations de la FPU leur ont semblé utiles pour la réflexion et l'action.

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