Texte proposé par madame Alexandra Kanguelaris, accompagné d'une analyse présentée par M. Laurent Ladouce, directeur de recherches, Fédération pour la paix universelle.

Étude de paix

Texte proposé par madame Alexandra Kanguelaris

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Analyse présentée par M. Laurent Ladouce, directeur de recherches, Fédération pour la paix universelle

Etude de paix

 

La guerre est un phénomène très complexe. La science de la guerre s’appelle la « polémologie » et cette discipline nous apprend des choses utiles : où se bat-on, avec quelles armes, selon quelle périodicité. C’est très utile, mais le plus important est de savoir qui se bat et pourquoi. La guerre est-elle liée à la nature humaine, à sa condition profonde ? Le philosophe grec Héraclite pensait que la guerre est non seulement dans la nature humaine, mais dans la nature des choses. « Polemos, disait-il, est le père de toutes choses. »

S’il en est ainsi, il sera difficile d’en finir un jour avec la guerre.

Mais madame Kanguelaris estime que la guerre est un accident de la condition humaine. Elle est apparue dans le phénomène humain pour des raisons sur lesquelles l’être humain est libre d’agir. Quand madame Kanguelaris parle de désarmement, ce n’est pas simplement pour diminuer le volume des armes produites, vendues et employées, mais pour que l’être humain renonce déjà mentalement à la culture de la guerre.

Le texte de Kanguelaris porte sur le volet armement/désarmement de la guerre et de la paix. Mais au lieu de traiter le problème sous l’angle habituel (technique, politique et diplomatique), elle lie la question du désarmement à la question anthropologique. Autrement dit, l’adieu aux armes est d’abord un adieu de l’être humain à des habitudes mentales profondément ancrées en lui. Si l’être humain prend les armes, c’est que quelque chose ne va pas en lui. C’est à l’intérieur que le désarmement doit se faire.

Verdun et Hiroshima : la guerre, un problème entre autrui et moi ou entre moi et moi-même ?

Le désarmement nucléaire est au centre de sa réflexion. Or, madame Kanguélaris éclaire ce problème si actuel du nucléaire militaire à la lueur de considérations anciennes nées dans son pays, la Grèce. L’histoire et la philosophie y ont pris naissance. Et quelle réponse la Grèce a-t-elle apporté à la guerre ? C’est le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate. Cette thèse de Kanguelaris surprendra. Et pourtant … en visitant Hiroshima, découvre, au cœur du Parc de la paix, un curieux objet donné par l’ambassade de Grèce au peuple nippon : une cloche de la paix sur laquelle sont gravés les mots de Socrate : « connais-toi toi-même. »

Hiroshima est une ville martyre, et une ville internationale de la paix, comme Verdun en France. Verdun offre une méditation historique et sociale sur la guerre. On y apprend que la guerre est un certain mode regrettable de relation entre moi et autrui. L’ego allemand et l’ego français se sont dressés l’un contre l’autre. Mais pourquoi devient-on ennemi de l’autre ? Parce qu’on devient ennemi de soi-même. La guerre est d’abord une guerre à l’intérieur même d’ego. À Hiroshima, le psychisme humain ne regarde pas vers l’autre, mais vers le dedans, car la guerre est un problème métaphysique, un conflit entre moi et moi-même. Avant de me réconcilier avec l’ennemi que j’aime haïr, je dois apaiser la fureur que j’ai contre moi-même.

C’est à la lueur du propos de Socrate que le préambule de l’UNESCO prend tout son sens : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »

Dans son texte, madame Kanguelaris insiste beaucoup sur l’aspect mental et philosophique du désarmement. Autrement dit, l’accumulation d’armes de destruction massives dans le monde est le reflet d’un désordre à l’intérieur du psychisme humain. Il faut amener l’être humain à changer son état d’esprit, sa façon de penser et de voir, pour que les stocks d’armes cessent de s’empiler et que leur nombre commence à décroître. Souvenons-nous d’ailleurs des paroles bienveillantes de Dieu à Caïn. Le parent céleste invite le futur premier meurtrier à trouver en lui-même la force de renoncer à l’irréparable. Caïn n’écoutera ni Dieu ni sa conscience.

Atténuer la passion de la science, renforcer l’amour de la sagesse

Dans son argumentation, Alexandra Kanguelaris revient sur un débat très ancien : l’être humain peut à la fois devenir très savant et très ignorant. C’est-à-dire qu’en portant son savoir vers les choses du dehors exclusivement, il peut être amené à devenir ignorant des choses du dedans. Il faut donc atténuer la passion de la science et renforcer l’amour de la sagesse, autrement dit la philosophie. On dit bien, dans la langue française, qu’être en colère, c’est être « hors de soi » et Kanguelaris montre que la science sans conscience, sans spiritualité, rend l’homme agressif, violent, destructeur. « II se perfectionne dans le domaine des nombres, des distances, des dimensions et des mesures sans songer à son salut, écrit-elle. C’est ainsi qu’il n'a point le temps d’examiner, méditer, juger, pour se connaître. »

Autre originalité de madame Kanguelaris : distinguer le microcosme et le macrocosme. L’univers intérieur de l’être humain ne tourne pas le dos au grand univers. En philosophant, l’être humain ne renonce pas au grand monde mais part au contraire à sa découverte réfléchie. L’UNESCO  dit que « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. » Mais au lieu de réduire l’esprit à un simple psychisme désincarné et abstrait, Kanguelaris nous propose d’aller dans le support matériel de la pensée, à savoir le cerveau.  Car au fond, c’est en grande partie le mauvais usage de notre cerveau qui est l’origine de notre agressivité. Kanguelaris a cette formule : « L'épidémie de la guerre et de la violence est un virus qui a pris naissance dans le cerveau de l'homme, à cause de l'absence d'un « raisonnement juste », d'une « philosophie cosmique », et du manque d’ « épistémologie » sur  sa structure mentale en tant qu’être humain relié à l’Univers. »

Kanguelaris nous rappelle en effet la dualité fondamentale de l’être humain, composé à la fois d’un esprit et d’un corps. L’esprit aspire à l’infini, tandis que le corps nous relie au plan terrestre. Si l’homme ne trouve pas le bon équilibre entre les deux pôles de sa nature, il risque de libérer une énergie destructrice. « La conclusion probable est donc que notre cerveau travaille de deux façons opposées, l’une par rapport à sa naissance de l’Infini, et l'autre par rapport à son apprentissage terrestre dans une symbiose qui est à découvrir. » écrit-elle

Son texte est un texte difficile et déroutant, car elle ne présente aucun plan chiffré de désarmement. En un sens, elle se fiche pas mal des armes, et elle oppose la force de l’âme aux forces des armes. Il faut savoir qu’elle rejoint ainsi une tradition qui a fait ses preuves avec Gandhi et Martin Luther King. Ces deux hommes furent de grands lutteurs et se battirent toute leur vie. Ils ont souvent fait triompher la puissance mentale sur la puissance matérielle et ont fait changer le cours des choses plus efficacement que la violence.

Il faut donc faire l’effort de rentrer dans ce texte difficile en se souvenant de quelques références contemporaines qui aideront à mieux en comprendre le sens.

Étude de paix

Texte proposé par madame Alexandra Kanguelarisaccompagné d'une Analyse présentée par M. Laurent Ladouce, directeur de recherches, Fédération pour la paix universelle
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