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Conférence internationale des dirigeants – ILC juin 2021 – Session préliminaire

Chantal Chételat Komagata, Coordinator of UPF for Europe Major General Patrick Gauchat, Head of the Swiss delegation to the NNSC at the Korean Demilitarized Zone (DMZ) Dr. Claude Béglé, Entrepreneur and former Swiss MP Dr. Marek Aleksander Czarnecki, Lawyer and former Polish member of the European Parliament Mélanie Komagata, Post-graduate student of East Asian studies at the University of Geneva

Péninsule coréenne : Armistice et impact de la Commission de surveillance des nations neutres (CSNN)

Genève (Suisse) – Les efforts déployés par les pays neutres pour maintenir la paix dans la péninsule coréenne ont fait l’objet d’un webinaire organisé par la FPU Europe & Moyen-Orient le 10 juin 2021 sur le thème “Péninsule coréenne : Armistice et impact de la Commission de surveillance des nations neutres (CSNN)”

Le général de division Patrick Gauchat, chef de la délégation suisse à la CSNN dans la zone démilitarisée de Corée (DMZ) près de Panmunjom, a été invité en tant qu’orateur principal. Il a présenté un rapport inclusif sur la réalité de l’armistice dans la péninsule coréenne, son évolution de 1953 jusqu’à l’heure actuelle, la situation dans la zone démilitarisée, ainsi que le rôle et l’impact de la CSNN pour sa contribution à la paix au-delà de la ligne de démarcation.

Le Dr Claude Béglé de Suisse et le Dr Marek Aleksander Czarnecki de Pologne, deux experts du Groupe de réflexions 2022 (Think Tank 2022 – initiative lancée récemment par la FPU), ont contribué à ce webinaire en tant que répondants.

Le Groupe de réflexions 2022 est une alliance mondiale d’experts issus d’un large éventail de domaines professionnels – gouvernement, universités, organisations confessionnelles, médias, entreprises et arts – contribuant à la réunification coréenne.

La modératrice, Mme Chantal Chételat Komagata, coordinatrice de la FPU Europe, a mentionné les centaines de conférences que la FPU a organisées dans le monde entier sur la réunification de la Corée. Selon la FPU, cette réunification est la pierre angulaire pour la paix et la sécurité en Asie du Nord-Est.

Mme Komagata a fait allusion à un nouveau paradigme dans lequel les citoyens de la Corée du Nord et du Sud, indépendamment de leur fossé économique et culturel croissant, collaboreraient ensemble et partageraient la prospérité mutuelle basée sur des valeurs communes. Elle a présenté ensuite l’orateur principal, le major-général Patrick Gauchat.

Le général Gauchat a fourni une explication très précise sur de nombreux détails très peu connus jusqu’alors. Il a souligné que la ligne de séparation initiale tracée après la Seconde Guerre mondiale entre les États-Unis et l’Union soviétique était située exactement sur le 38e parallèle, mais que cette ligne a été modifiée après la guerre de Corée pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Le général a souligné que dans la péninsule coréenne, entourée de superpuissances et faisant face à de nombreux problèmes territoriaux, en particulier ceux des petites îles, tout ce qui se passe dans cette partie du monde risque de générer des conflits ailleurs. L’Asie du Nord-Est n’a pas de système de désescalade, contrairement à l’Europe avec l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Les données illustrées dans un diagramme montra les tensions entre les parties, l’année 2017 étant marquée par un pic lié aux essais nucléaires et aux sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU contre les missiles balistiques intercontinentaux nord-coréens.

Le niveau des tensions a baissé en 2018 grâce à des initiatives diplomatiques d’état, à commencer par le discours du président nord-coréen Kim Jong-un aux Nations Unies le 1er janvier, suivi des réunions avec le président sud-coréen Moon Jae-in puis le président américain Donald Trump.

Grâce à l’accord signé à Pyongyang le 20 septembre 2018, le comité conjoint militaire nord-sud et des nouvelles mesures de confiance ont été établies. Malheureusement, continua le général Gauchat, à la suite du sommet de Hanoï en février 2019, les pourparlers ont été interrompus et le bureau de liaison de la ville nord-coréenne de Kaesong détruit. Cependant, les tensions ressenties à la frontière entre les soldats sud-coréens et nord-coréens sont moins fortes qu’en 2017 et se sont stabilisées depuis. De plus, en raison de la pandémie, on observe un ralentissement.

Le général Gauchat a expliqué qu’il avait fallu 18 mois à l’Armée populaire coréenne (Corée du Nord), à l’Armée des volontaires du peuple (Chine) et au Commandement des Nations Unies – sous la direction des États-Unis – pour signer l’Accord d’armistice (AA) le 27 juillet 1953, au cours duquel de nombreuses autres vies ont été perdues. Cela a permis d’établir un cessez-le-feu au niveau militaire comme base d’un débat politique qui permettrait de conclure un traité de paix. La ligne de démarcation militaire a défini une zone tampon de 2 kilomètres de chaque côté pour éviter les affrontements locaux.

Cependant, a poursuivi le général Gauchat, ce qui ne figura pas dans les documents de l’armistice est devenu une source de tension. Les cinq îles situées au large de la côte ouest ont été définies comme appartenant au Commandement des Nations Unies (CNU) dans l’AA, mais la Ligne de Limite Nord (NLL) dans l’océan a été tracée par le Commandement des Nations Unies en 1954. Considérant qu’il s’agissait d’une décision unilatérale, la République populaire démocratique de Corée a contesté cette décision : elle lui opposa une autre ligne de démarcation en y incluant les cinq îles de son territoire. 130 personnes ont perdu la vie lors de ces incidents.

Le général a qualifié la Commission de neutre et indépendante, tous les rapports et discussions publiés étant réservés exclusivement aux parties concernées. Des quatre nations européennes sélectionnées pour assurer les positions à la DMZ à partir d’août 1953, les deux anciens satellites de l’Union soviétique du côté nord-coréen de la ligne, la Tchécoslovaquie et la Pologne, ont été écartés dans les années 1990, et seules les délégations suisse et suédoise sont restées. Bien que la CSNN (Commission de surveillance des nations neutres) ait proposé que deux autres pays les remplacent, cela n’a pas encore été réalisé.

Il a souligné le nombre croissant de mesures de confiance (CBM) prises dans le domaine militaire pour parvenir à un traité de paix au niveau politique. Parmi les mesures de confiance, il a proposé aux deux parties, afin de réduire leurs tensions et transformer la zone démilitarisée en zone de paix, l’augmentation de la distance entre elles, l’enlèvement des mines dans la zone démilitarisée, les opérations conjointes de restauration du site, la démolition des postes de garde et les accords techniques d’entretien.

La CSNN a également proposé d’autres mesures de confiance, tels que l’augmentation des exercices conjoints, l’observation en profondeur, le contrôle de l’absence d’armes et la diminution du nombre de soldats américains. La valeur ajoutée de la CSNN est appréciée par toutes les parties comme étant le “seul organe neutre contribuant à diminuer le risque dans la zone démilitarisée, a déclaré le Général Gauchat.

Il a comparé la CSNN à un arbitre qui intervient seulement si c’est nécessaire. Elle ne voudrait pas être le survivant de l’armistice, le support tactique militaire servant à la discussion sur le plan politique.

(Cliquer ici pour la présentation en PDF du major-général Patrick Gauchat.)

Suite à la présentation du Général Gauchat, les deux experts du Think Tank 2022 ont formulé des commentaires basés sur leur propre expérience et points de vue.

Le Dr Claude Béglé, fondateur et président de Symbioswiss et ancien membre du Parlement suisse, a visité la DMZ avec une équipe de parlementaires juste avant 2017. Bien que la frontière restât sensible en raison de l’importance des forces armées terrestres de la RPDC et de la proximité de Séoul, il était peu probable, contrairement à la situation de 1953,  qu’une offensive militaire à travers la zone démilitarisée ait pu survenir et la menace était principalement nucléaire et dans le domaine des cyber-attaques, a déclaré le Dr Béglé.

Le Dr Béglé a décrit la Corée du Nord comme une “énigme à ne pas sous-estimer”. La survie du régime de Kim étant en jeu, la transition devrait être acceptable pour les dirigeants de la RPDC, a-t-il ajouté. Il a affirmé que la menace nucléaire a permis à Kim Jong-un de s’asseoir à la table des négociations avec le président Trump. Il fallait rouvrir le dialogue, en offrant des perspectives à une RPDC qui s’ouvrirait progressivement au reste du monde pour devenir un partenaire à part entière et non celle qui capitulerait.

Il a souligné que le principal facteur de risque provient principalement des tensions entre les États-Unis et la Chine, en particulier avec la montée en flèche des nouvelles puissances économiques et technologiques d’Asie. Enfin, il a suggéré que la tâche exigerait probablement la participation d’observateurs plus neutres pour aider les deux parties à atteindre un état fédéral avec un résultat équilibré, et non pas avec “un gagnant d’un côté et un perdant de l’autre”. Ainsi, la CSNN sécurise le calme sur la ligne de  front, a-t-il dit, dans l’espoir qu’un jour les politiciens négocieront enfin une paix réelle.

Le Dr Marek Aleksander Czarnecki, avocat et ancien député polonais au Parlement européen, a mis en lumière le rôle de la Tchécoslovaquie et de la Pologne du côté de la Corée du Nord, mais seulement jusqu’aux années 1990, en raison des changements dans le paysage politique après la chute du mur de Berlin. C’est la dissolution de la Tchécoslovaquie qui a entraîné le retrait des représentants tchèques de la CSNN du nord de la ligne de démarcation militaire.

Dans le but de dissoudre une CSNN gênante, a continué le Dr Czarnecki, la Corée du Nord a utilisé des moyens très efficaces pour limiter les capacités de présence et de travail des représentants polonais, lesquels, à la suite d’une énorme pression, ont été forcés de quitter la zone de dislocation dans la partie nord de la zone de sécurité conjointe à Panmunjom. Depuis lors, les représentants polonais n’ont pas pu observer les mouvements nord-coréens, mais ils ont parfois participé aux travaux de la CSNN en venant à Panmunjom par la rive sud.

Mélanie Komagata, étudiante en troisième cycle d’études d’Asie de l’Est à l’Université de Genève, a présenté les questions du public.

Elle a mentionné les passages historiques sur la ligne de démarcation, d’abord celui de Mme Micheline Calmy-Rey, membre du Conseil fédéral suisse, puis ceux des présidents de la République de Corée et des États-Unis.

Le général Gauchat a déclaré que la conseillère fédérale suisse, Mme Calmy-Rey, était la dernière personne à franchir la frontière en 2003, avant les passages des présidents 15 ans plus tard. La CSNN s’était préparée à la sécurité, à l’accueil et à l’intégration. Le général Adrien Evéquoz, alors chef de la délégation suisse auprès de la CSNN, s’était rendu dans le Nord pour l’accueillir et l’avait rejointe avant de la conduire au camp suisse.

La CSNN était également présente lors des réunions du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avec le président sud-coréen Moon Jae-in et le président américain Donald Trump ; les parties avaient préparé tout cela en bonne collaboration, sans aucune provocation. Ainsi, les sommets se sont bien déroulés, et on ne voyait aucune présence militaire de part et d’autre.

A la question de la création d’un Parc de la Paix et d’un cinquième bureau des Nations Unies à la DMZ, comme cela a été discuté lors des événements de la FPU au bureau des Nations Unies à Genève, il a répondu que la beauté naturelle du site était idéale pour un parc de la paix et un lieu de rencontre, et que de nombreux projets pourraient être réalisés en commun par les deux Corées dans l’avenir.

Interrogé sur les attentes de la Corée du Sud vis-à-vis de la CSNN, le général a mentionné que la République de Corée n’est pas signataire de l’armistice mais la reconnaît et voit dans la CSNN un outil de stabilisation. La Corée du Sud s’attendait à ce que la CSNN s’en tienne à l’armistice et soit à la disposition des parties, en particulier lors des incidents, pour éditer un rapport neutre et des recommandations dans le but de réduire les risques.

A propos de la durée de sa mission et les temps forts passés dans la DMZ, le général Gauchat a parlé d’une perspective de deux à huit ans, ne sachant pas combien de temps il va rester. Il a évoqué les quatre années très riches, lesquelles ont débuté en 2017 par une très forte tension, suivies cependant par une extraordinaire diplomatie d’état en 2018, pour terminer par des mesures de confiance très efficaces.

Interrogé sur les perspectives d’ouverture de la zone démilitarisée à la libre circulation, il a expliqué que subitement, en 2018, certains passages avaient eu lieu, par exemple celui d’un responsable nord-coréen de Pyongyang à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver dans le comté de Pyeongchang en Corée du Sud. Il a déclaré que les militaires nord et sud-coréens ont travaillé ensemble dans la zone démilitarisée. De nombreuses discussions avaient eu lieu également à Panmunjom et les choses pourraient aller vite une fois que les dirigeants auront trouvé un accord, comme cela s’est passé lors de ces deux dernières années.

Il a expliqué que l’armée est comme un capteur. Tout se passe bien quand il y a des discussions et des projets. Quand les discussions sont rompues, comme à Hanoï, cela met fin aux mesures de confiance, alors tout le monde attend que les dirigeants continuent leur négociation    .

En guise de conclusion, le Dr Béglé a résumé les étapes de la réconciliation, à commencer par un cessez-le-feu, suivi d’un rétablissement de la confiance entre les partenaires. Tout cela n’est possible qu’avec un nouvel état d’esprit sans gagnant ni perdant : des partenaires qui se regardent dans les yeux et bâtiront ensemble un nouvel avenir.

Le Dr Czarnecki a déploré le fait que pour certains, la CSNN reste une façade et a rassuré l’auditoire que la Pologne soutient la réunification pacifique de la Corée et les pourparlers à six sur la dénucléarisation coréenne.

Le général Gauchat a conclu en reconnaissant le maintien de la paix comme une occasion de faire du bien et d’apprendre aux soldats la valeur de la paix.

La MC a remercié l’orateur principal et les deux répondants pour leur contribution ainsi que les participants et les membres de la FPU. Elle espérait que beaucoup soutiendraient le Groupe de réflexions 2022 et l’objectif envisagé d’une péninsule coréenne unifiée comme une seule famille.  Ce serait un pas vers la paix mondiale.