Mondialisation : c'est un nouvel état du monde, caractérisé par la proximité et l'interpénétration des sociétés et des biens. Elle procède de la révolution des transports du xixe siècle et de celle des NTIC, à la fin du xxe siècle. C'est un phénomène positif dans la mesure où le village planétaire permet un rapprochement des cultures impossible jusqu'alors.

Mondialisation et ONG

Concepts et interrogations

Allocution du Professeur Jacques BARRAT

Diplomate et universitaire (Paris II-Panthéon Assas), membre de l'Académie des Sciences d'Outre Mer,
auteur des centaines d'article dans différents organes de presse et revues spécialisées.
Dernier ouvrage publié : Géopolitique du Burkina Faso.

Professeur Jacques BARRATMondialisation : c'est un nouvel état du monde, caractérisé par la proximité et l'interpénétration des sociétés et des biens. Elle procède de la révolution des transports du xixe siècle et de celle des NTIC, à la fin du xxe siècle. C'est un phénomène positif dans la mesure où le village planétaire permet un rapprochement des cultures impossible jusqu'alors.

La mondialisation, plus encore qu'un phénomène économique ou démographique marqué par des déplacements importants de populations, est d'abord une réalité culturelle contradictoire dans la mesure où :

- Comme l'avait prédit Mac Luhan, les styles de vie tendent à s'uniformiser, donnant naissance à une culture mondiale, dont le moins qu'on puisse dire est que ses racines ne sont pas forcément solides. Il est vrai que les repères horizontaux (famille, village, pays, patrie, nation) tout comme les repères verticaux (descendance, chronologie, traditions et codes sociaux) sont ici ou là en voie de disparition.

- La mondialisation fabrique, il est vrai, un effrayant conformisme collectif. À ce niveau, la société occidentale a érigé une dictature du politiquement correct dont on connaît les ravages intellectuels et éducatifs. Ce conformisme collectif peut avoir pour conséquence des réactions de rejet : montée des nationalismes, des régionalismes, des fondamentalismes, des intégrismes. À l'inverse, on parle de plus en plus des valeurs universelles, quand bien même certains les réfutent, ne retenant que l'adjectif « universalisantes ».

- Les opinions publiques sont fabriquées voire manipulées par les médias. Au niveau de l'opinion publique mondiale, qui se construit peu à peu, seuls existent les événements médiatisés. D'une manière générale, pour exister, pour réussir, il faut se médiatiser. Pour ne citer qu'un exemple, pour gagner une guerre, il faut la gagner médiatiquement, avant même de l'avoir gagné sur le terrain. Plus globalement, sites Internet et blogs permettent la construction d'un monde virtuel globalisé par essence.

Il ne faut pas pour autant négliger les conséquences économiques et sociales de la mondialisation.

- C'est ainsi qu'entre 1990 et 1995, le commerce mondial a augmenté quatre fois plus vite que la production.

- Les délocalisations de certaines entreprises qui apparaissent comme contraires à la morale, sont certes regrettables. Mais faut-il rappeler que dans un pays comme la France, la mondialisation a créé quatre fois plus d'emplois qu'elle n'en a détruits.

- Parce qu'elle offre peut-être trop de liberté, l'économie mondiale de marché pousse malheureusement les entreprises et les financiers à la spéculation plus qu'à la production. Elle décourage les investissements lourds, rentables seulement à long terme, et n'est donc pas sociale. Plus encore, elle encourage la spéculation, la cupidité, le facile au détriment du valable. Dans ce cas, il y a croissance mais pas développement. La Chine, le quart de l'humanité en fait aujourd'hui la triste expérience. Comme d'habitude, la croissance y a provoqué une augmentation des inégalités sociales, une augmentation des inégalités sectorielles, une augmentation des inégalités régionales ainsi qu'une dégradation très forte de l'environnement.

- Dans un registre plus optimiste, certains économistes libéraux soutiennent que la mondialisation de l'économie consolide la paix. Il n'en reste pas moins que la violence change de forme mais ne disparaît pas, et il n'est pas possible d'affirmer aujourd'hui que le marché mondial est un facteur de paix. Rappelons que depuis le Néolithique, l'Homme se bat pour ce qu'il n'a pas, pour ce qui lui manque. Le feu, l'eau, le bois, les femmes, le territoire, les armes, la drogue, le pétrole, les matières premières... ont été très souvent sources de conflits. Néanmoins, la paix est nécessaire au marché mondial, et les crises internationales ont eu plus souvent des causes politiques plus complexes que de simples pénuries en matière d'offre.

Globalisation : terme anglo-saxon qui désigne la mondialisation. En français, ce concept a pris une consonance péjorative dans la mesure où il correspond à un phénomène réducteur qui consiste dans le fait qu'une puissance dominante veuille imposer sa culture à l'échelle du globe. C'est ainsi que les termes de colonisation ou de cocacolisation sont devenus les armes d'un combat idéologique. Il est loin d'être terminé.

Les concepts d'internationalisation et de transnationalisation ne doivent pas non plus être confondus

Internationalisation : C'est le fait pour un pays, une nation, une culture de s'ouvrir, sans restriction de quelque sorte que ce soit, aux influences étrangères dans tous les domaines. Le sociologue G. Rocher fait toutefois une distinction entre mondialisation et internationalisation. Selon lui : « l'internationalisation se réfère aux échanges de diverses natures, économiques, politiques, culturels, entre Nations, aux relations qui en résultent, pacifiques ou conflictuelles, de complémentarité ou de concurrence... »

Transnationalisation : C'est un phénomène de transgression des frontières et ce, dans les domaines les plus variés. Les sciences des médias présentent une littérature de plus en plus abondante qui témoigne de l'existence d'arènes discursives transcendant les frontières des Nations et des États. De plus, nombreux sont les scientifiques qui, dans le domaine des sciences culturelles, tracent avec raffinement non seulement les contours de telles arènes mais aussi les courants d'images et de signes qui les traversent. Ainsi, l'idée d'une « sphère publique transnationale » se présente intuitivement comme étant plausible, car elle semble se référer à des effets réels sur la réalité sociale. Nous sommes déjà loin du noos de Teilhard de Chardin.

Des ONG de plus en plus vilipendées

Une organisation non gouvernementale ou ONG est une organisation d'intérêt public qui ne relève ni de l'État ni d'une institution internationale. Les ONG n'ont pas le statut de sujet de droit international.

Il est commun de réserver le terme d'ONG aux personnes morales à but non lucratif financées sur des montants importants par des fonds privés. À en croire les sociologues, les principaux critères définissant une ONG sont :

  • l'origine privée de sa constitution
  • le but non lucratif de son action
  • l'indépendance financière
  • l'indépendance politique
  • la notion d'intérêt public

Une ONG est une personne morale qui, bien que n'étant pas un Gouvernement, intervient dans le champ international.

Dans le cas d'organisations ayant une envergure internationale importante, on parle également d'Associations de Solidarité Internationale (ASI) ou d'organisations non gouvernementales internationales.

Actuellement près de 2 800 ONG ont le statut consultatif dit ECOSOC et environ 400 sont accréditées auprès de la Commission du développement durable.

Les ONG ont différents modes d'actions, ce qui conduit à les classer selon au moins deux types :

  • certaines sont avant tout des groupes de pression politique. Parmi celles-ci, un groupe non négligeable d'ONG n'a pas de but humanitaire mais des ambitions idéologiques ou commerciales. On y trouve des lobbys de toute nature, en particulier des lobbys économiques et patronaux, parfois des émanations des services secrets des grandes puissances.
  • d'autres, souvent dénommées ONG humanitaires, mettent en place des programmes d'aides, éducatives ou caritatives par exemple. Les ONG de ce dernier type se regroupent parfois en collectif humanitaire suivant leur domaine d'intervention ou particularités.

Il convient toutefois de distinguer les ONG caritatives, souvent spécialisées dans l'aide d'urgence, des ONG de développement engagées sur des programmes à long terme. En général ces dernières sont médiatiquement plus discrètes, les ONG d'urgence étant souvent plus médiatisées. Les grandes catastrophes naturelles les y aidant beaucoup.

Enfin, les relations entre le monde des affaires, les gouvernements et les ONG sont souvent compliquées et antagonistes. Il est sûr que quelques-unes d'entre elles ont été utilisées à des fins partisanes.

Il est tout aussi vrai que compte tenu du très grand nombre des ONG aujourd'hui, des dérives peuvent encore être déplorées tout aussi bien dans les pays d'origine de ces ONG, que dans les pays où elles interviennent. C'est ainsi que des critiques ont été portés sur l'appropriation de ressources rares, comme l'eau ou l'énergie, pour les besoins du fonctionnement propre de certaines de ces organisations. De fait, ces critiques ressemblent à celles faites à de nombreuses entreprises privées dans les pays des Tiers mondes.

En guise de conclusion

Il est un fait que la crise que nous traversons aujourd'hui est toute à la fois internationale et transnationale. Elle a donc tendance à fabriquer des réflexes protectionnistes de peur, en même temps que les gouvernements ne peuvent que donner des réponses nationales à des problèmes transnationaux, même si certains rêvent d'élever ces réponses au niveau de l'Union européenne ou du G20.

Il est donc dans la logique des choses et parfaitement compréhensible, que dans certaines opinions publiques, tout ce qui relève de l'international ou du transnational soit de plus en plus suspect. Malheureusement, la paix dans le monde n'a rien à gagner à la propagation de ce type de réaction.

Alors, à nous de faire en sorte que les ONG puissent apporter concrètement à l'humanité ce pourquoi elles ont été crées. C'est là une ardente obligation.



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