Excellences, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C'est pour moi un très grand honneur que vous me faites en m'invitant ce soir à présenter l'Organisation internationale des Nations Unies et son avenir.

Le renouveau de l'ONU

Allocution de S. Exc. Dr Boutros BOUTROS-GHALI,
ancien secrétaire général de l'ONU,
ancien secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie,
président de la Commission nationale chargée de la promotion des droits de l'homme en Égypte

S. Exc. Dr Boutros BOUTROS-GHALIExcellences,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

C'est pour moi un très grand honneur que vous me faites en m'invitant ce soir à présenter l'Organisation internationale des Nations Unies et son avenir.

Au lendemain des guerres de Napoléon, la conférence de Vienne s'est réunie, en 1815, pour élaborer de nouvelles normes qui puissent régler les relations entre les États.

Au lendemain de la première guerre mondiale, le président américain Woodrow Wilson a contribué à la création d'une nouvelle organisation, la Société des Nations, qui avait son siège à Genève et qui a essayé, à son tour, de régler les rapports entre les États.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, un autre président américain, le président Franklin D. Roosevelt et le Premier ministre britannique, Winston Churchill, ont contribué à la création d'une nouvelle organisation internationale, les Nations Unies.

Au lendemain de la guerre froide qui, je dirais, était aussi importante que la première guerre mondiale ou la seconde guerre mondiale (si nous voulons analyser le nombre de victimes et les dégâts causés dans différentes parties du monde), nous avons tous pensé, y compris le président Georges Bush père, que le moment était venu d'établir une nouvelle organisation internationale ou encore de réformer l'ONU. Malheureusement, cela n'a pas eu lieu et nous nous trouvons aujourd'hui devant une organisation internationale extrêmement affaiblie, qui a perdu de son importance : j'irai plus loin, qui a perdu la confiance de l'opinion publique internationale.

Pourquoi ? Parce que les Nations Unies, et cela nous a été expliqué par le professeur Jacques Barrat tout à l'heure, sont confrontées à des phénomènes nouveaux qui n'existaient pas en 1945. Dois-je vous rappeler que la première et la deuxième bombe atomique, ont été lancées sur Hiroshima, Nagasaki, et après la création des Nations Unies. Autrement dit, les Nations Unies ont été établies avant la création et l'utilisation de l'arme atomique.

Seconde mutation : les Nations Unies ont associé au départ cinquante États ; il y a aujourd'hui trois fois plus d'États. C'est un changement structurel important d'autant plus que la majorité des nouveaux membres des Nations Unies sont des États sous-développés.

Troisième phénomène, que j'ai déjà mentionné : la fin de la guerre froide crée une situation nouvelle qui devait permettre une réforme radicale de l'Organisation internationale, qui tiendrait compte de la révolution technologique et des problèmes de la globalisation.

Nous nous trouvons devant des phénomènes nouveaux qui auront besoin de concepts nouveaux et de règles nouvelles pour pouvoir gérer ces phénomènes.

Comment réformer les Nations Unies ? J'ai publié, le 15 décembre 1996, un document sans l'accord et sans la demande expresse de l'Assemblée générale ou du Conseil de sécurité. Ce document, intitulé Agenda pour la démocratisation explique qu'il ne s'agit pas seulement de démocratiser les États, mais il faut aussi démocratiser la mondialisation. Sinon, nous risquons de nous trouver devant un nouveau système autoritaire qui va imposer des règles à la majorité des États, sans que ceux-ci ne puissent participer à l'élaboration de ces règles. La démocratie nationale va dépérir car confrontée à un pouvoir supranational.

Comment démocratiser la mondialisation ? Il faut commencer par démocratiser les Nations Unies. On s'égare en voulant discuter sur le point de savoir s'il faut augmenter le nombre de membres du Conseil de sécurité de 15 à 18 ou à 22 ?

Faut-il que tel pays reçoive un siège permanent plutôt qu'un autre ?

Faut-il abolir le droit de veto ou faut-il limiter l'utilisation de ce droit à certaines situations particulières ?

Le vrai problème, c'est de tenir compte d'une évolution majeure, qui a été mentionnée tout à l'heure, c'est le nouveau rôle de la société civile. Donc, si nous voulons démocratiser les Nations Unies, si nous voulons nous préparer à la troisième génération des organisations internationales, il faut obtenir la participation de la société civile au sein de la nouvelle organisation avec un statut similaire à celui de l'État.

Cette idée n'est pas révolutionnaire. Elle n'est pas nouvelle. L'organisation internationale du travail a une représentation tripartite : le représentant des États, le représentant des travailleurs et le représentant des employeurs, qui ne votent pas nécessairement de la même façon. Un même État peut donc avoir trois points de vue différents. Ce pluralisme constitue une forme de démocratie que l'on pourrait adapter à la nouvelle organisation mondiale.

Ce que je suggère, c'est que les acteurs non étatiques puissent participer au système des Nations Unies. Comment vont-ils participer ? On vient de mentionner les organisations non gouvernementales. Il me paraît important que ces nouveaux acteurs participent aux travaux de la nouvelle organisation internationale, dans la mesure où ces institutions ont deux qualités. Premièrement, elles sont issues de la société civile ; elles obtiendraient donc l'appui de l'opinion publique internationale. Deuxièmement, elles ont des qualités que n'ont pas les États, elles seront en compétition avec les États.

Vous allez me dire : « mais comment va-t-on représenter les organisations non gouvernementales ? Il y a des milliers d'organisations non gouvernementales de part le monde. »

Ceci est un problème technique. C'est aux législateurs de demain de trouver des solutions. On pourrait imaginer que les organisations non gouvernementales qui s'occupent de la protection de la femme dans le monde aient un siège, que les organisations non gouvernementales qui s'occupent de l'environnement aient un autre siège. Voici une première formule. Selon une autre formule, les organisations non gouvernementales de l'Afrique, de l'Asie, de l'Europe, de l'Amérique auront droit à deux ou trois sièges par continent. Voici une deuxième formule. On peut même combiner la représentation fonctionnelle avec la représentation géographique.

Mais ceci est un problème secondaire. Le véritable problème, c'est d'accepter la présence des organisations non gouvernementales au sein de la nouvelle organisation internationale. J'ajoute à ceci que vous avez d'autres acteurs qui sont très importants : les multinationales ont aujourd'hui un pouvoir plus grand que la majorité des petits États. Ces multinationales profitent des résolutions qui sont adoptées par les Nations Unies alors qu'elles devraient assumer la responsabilité de la mise en œuvre de ces résolutions. Elles devraient donc participer à leur élaboration. Il faut mentionner les organisations régionales, les parlements, les partis politiques...

Si nous voulons vraiment nous préparer pour la troisième génération des organisations internationales, il faut que les acteurs non étatiques puissent participer à l'élaboration de nouvelles normes. Le facteur temps a éliminé le concept de distance : aujourd'hui, en une seconde, vous pouvez atteindre New York ou Buenos Aires ou Chicago. Donc, nous nous trouvons devant une mutation de la société internationale, une mutation du monde qui nécessite une nouvelle organisation internationale, et c'est à nous de nous préparer pour l'élaboration de cette nouvelle organisation.

A-t-on besoin pour cela d'une catastrophe, comme la première guerre mondiale ou la seconde guerre mondiale ? Ou d'une troisième catastrophe comme la guerre froide ? Ou d'une quatrième catastrophe que nous vivons en ce moment, qui est la crise économique pour nous inciter à reformer les institutions internationales anachroniques et dépassées ?

Il faut se préparer dès maintenant à cette nouvelle organisation internationale. Et c'est à vous, c'est à la nouvelle génération, de penser à trouver les règles nécessaires afin que cette organisation puisse mieux gérer les problèmes du monde de demain.

Encore une fois, merci de m'avoir invité à participer à cette réunion.

Allocution du Professeur Jacques BARRAT - Mondialisation et ONG - Concepts et interrogations

S. Exc. Madame Tadelech HAILE-MIKAEL - Women’s role for peace in the 21st Century

 

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