Le 21 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, s’est tenue à l’Espace Barrault à Paris une conférence-débat intitulée « La diplomatie féminine : un levier pour les droits, la justice et l’action », organisée par la Fédération des Femmes pour la Paix Mondiale (FFPM) et la Fédération pour la Paix Universelle (FPU).
Modéré par Brigitte Wada, présidente de la FFPM France, cet événement a réuni quatre intervenantes expérimentées afin d’explorer le rôle des femmes dans les processus de paix et les relations internationales.
La conférence s’est ouverte par un hommage à la fête de l’Aïd ainsi qu’aux valeurs portées par la fondatrice de la FFPM, Dr Hak Ja Han Moon, fondées sur l’unité, la dignité et le dialogue interculturel. Les quatre oratrices ont ensuite captivé un public nombreux par la qualité et l’engagement de leurs interventions.
Interventions
Mme Marie-Claude Machon Honoré, représentante permanente de BPW International auprès de l’UNESCO et ancienne présidente du Comité de liaison des ONG de l’UNESCO, a abordé l’évolution de la diplomatie féministe en France.
En retraçant l’histoire de la condition féminine, notamment à travers la figure de Simone Veil et les luttes pour la parité, Madame Machon-Honoré a souligné l’importance de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a également mis en lumière l’engagement de la France pour la période 2025-2030, visant à faire de l’égalité de genre un pilier démocratique et un facteur de stabilité internationale. Elle a détaillé les axes de la diplomatie féministe française : égalité professionnelle, santé des femmes et lutte contre les violences sexuelles.
Mme Marthe Dèdè Kovoïgui, dans une intervention enregistrée depuis la Guinée, a présenté une approche concrète à travers l’entrepreneuriat féminin et la diplomatie de terrain.
Fondatrice de l’ONG OMEGA, Madame Kovoïgui a illustré ses propos par des réalisations concrètes, notamment la création d’une usine alimentaire portée par une coopérative de femmes. Elle a identifié trois leviers essentiels :
– l’autonomisation économique des femmes,
– leur participation aux instances décisionnelles,
– et le développement d’une diplomatie de terrain impliquant diaspora et communautés locales.
Mme Christine Jouan Bruneau, présidente de l’organisation Femmes de demain et ancienne maire adjointe de Boulogne-Billancourt, a traité des enjeux liés à la justice et aux droits des femmes. Elle a rappelé que, bien que les femmes représentent 72 % des magistrats en France, l’application effective du droit reste inégale à l’échelle internationale.
Madame Jouan-Bruneau a également attiré l’attention sur de nouveaux défis, tels que la sécurité climatique — les femmes étant les premières victimes des déplacements forcés — et l’insécurité alimentaire. Elle a conclu en soulignant que la paix ne se décrète pas uniquement par des traités, mais se construit durablement par l’éducation.
Mme Guila Clara Kessous, Artiste de l’UNESCO pour la paix, a abordé le rôle de l’art et des quotas dans la diplomatie. Elle a présenté son projet Woman on Rope, qui utilise l’art comme outil thérapeutique pour les survivantes de génocides, notamment au Rwanda et en République démocratique du Congo.
Engagée en faveur de la résolution Femina Pax, Madame Kessous plaide pour l’instauration d’un quota minimum de 30 % de femmes dans les négociations de paix internationales. Elle a également introduit le concept d’« Economica Pax », visant à promouvoir une culture de paix au sein des entreprises.
Conclusion
À l’issue d’une session de questions-réponses, la conférence s’est conclue par une intervention de M. Jacques Marion, président de la FPU en France et en Europe.
Il a insisté sur la nécessité d’une diplomatie spirituelle face aux conflits contemporains, souvent marqués par des dimensions religieuses. Il a évoqué plusieurs figures féminines marquantes dans les processus de paix récents, telles que Miriam Coronel Ferrer aux Philippines, Leymah Gbowee au Libéria, ainsi que les militantes israéliennes et palestiniennes du mouvement Women Wage Peace.
Mr Jacques Marion a souligné l’importance d’une « éducation du cœur », portée notamment par les femmes, comme fondement d’une paix durable. Son intervention s’est conclue par un hommage aux femmes japonaises pionnières de la FFPM ainsi qu’à sa fondatrice, Mme Hak Ja Han Moon, pour son engagement de toute une vie en faveur de la diplomatie féminine.
Aperçu de l’événement
Points clés à retenir
– Sous-représentation persistante : entre 1992 et 2019, les femmes ne représentaient que 13% des négociateurs, et 6% des signataires d’accords de paix dans le monde.
– Résolution Femina Pax : proposition d’un quota minimum de 30% de femmes dans les négociations diplomatiques pour favoriser des accords plus durables et inclusifs.
– Diplomatie de terrain vs diplomatie d’État : nécessité de passer de la signature de traités à des actions concrètes, notamment via l’autonomisation économique des femmes et l’éducation des jeunes filles.
– Nouveaux enjeux globaux : impact du changement climatique et nécessité d’intégrer les femmes dans les secteurs numérique et technologique, notamment l’intelligence artificielle.
– Alliance hommes-femmes : promotion de la « masculinité positive » et d’initiatives comme HeForShe, encourageant les hommes à s’engager en faveur de l’égalité.








