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La solidarité, une thérapie pour sauver du défaitisme cette jeunesse méconnue, souvent maltraitée

Ms. Maguite LorcyLa solidarité, une thérapie pour sauver du défaitisme cette jeunesse méconnue, souvent maltraitée

Allocution de Madame Maguite LORCY

Fondatrice de GAIA (Groupement d’actions et d’initiatives pour l’Afrique)

 

Un peu d’histoire pour comprendre GAIA qui se veut un moteur, pour l’ouverture d’esprit de jeunes de chez nous et d’espoirs sur cette terre d’Afrique de l’Ouest qu’est le Togo.

Son souhait premier reste de s’intéresser aux jeunes de la région, parfois désœuvrés, aigris ou révol- tés, qui vivent des conditions familiales difficiles, divers échecs, qui les privent de repères. L’alcool, la drogue deviennent souvent un refuge destructeur et pour quelques uns les TS «tentatives de suicide» sont des appels au secours !

L’Association veut pour eux le goût de vivre, mais comment ?

Ces jeunes éprouvent le besoin de se sentir utiles, de relever des défis pour être reconnus par leur entourage. Vient alors l’idée de commencer par des activités culturelles, comme le théâtre, le chant, diver- ses animations. Ces initiatives font leurs preuves, permettent une trésorerie… Et c’est alors que commen- cent des voyages de découvertes, puis de solidarité, à travers la France et sous divers horizons : Italie, Al- lemagne, Maroc, Portugal, Espagne, Asie-Mineure, puis en 1994 l’Afrique Noire, au Togo !

Ces voyages qui exigent toujours leur quote-part financière, favorisent de multiples rencontres, té- moignent de diverses cultures aux richesses insoupçonnées, ouvrent l’esprit de nos jeunes baroudeurs au partage pour les plus pauvres, les orphelins, les sans-voix, donnent un nouveau sens à leur vie …

Suite aux découvertes sur les réalités que vivent leurs frères africains, le dévolu se jette sur le petit pays d’Afrique qu’est le Togo. Les jeunes de leur expérience ne reviennent pas indemnes… Le cœur trans- formé, avide d’une plus grande justice, de paix solide, ils souhaitent avec GAIA des actions plus concrè- tes, pour venir en aide à une population démunie et apporter leur contribution pour y parvenir. Pour que chaque bonne volonté puisse se valoriser dans un domaine spécifique à ses connaissances, son savoir- faire, GAIA pense, présente les volets éducation, agriculture, santé et, l’envoi de conteneurs qui mobili- sent des acteurs, pour les collectes de dons, assumer la laborieuse manutention.

La première des expéditions voit le jour en 1995. En fin de l’année 2011 se comptent 27 achemine- ments de 40 dry. Ils représentent, 2 052 m3  pour 400 tonnes de divers dons de première nécessité, à sa- voir : environ 220 tonnes de documents scolaires « tous niveaux » émanant d’écoles de Bretagne et au delà…

La machine de l’espérance est en marche, pour ces jeunes de chez nous qui retrouvent un idéal et pour leurs frères togolais également qui entrevoient un nouvel horizon avec le bannissement de l’illettris- me, des possibilités de formation pour leur avenir incertain.

Elarik un maillon très actif (devenu vice-président GAIA) commence en 1997 la formation des groupements agricoles sur la région de l’Adélé, Ouest-Togo, continue les années qui suivent sur le Plateau de Danyi.

À ce jour, existent 67 groupements agricoles qui forment réunis : l’UGPAD au Forum de l’agricultu- re en 2009 à Kara, 2010 à Kpalimé, le travail GAIA se voit reconnu par les premiers prix décernés par le Ministère de l’agriculture togolais à ses groupements de paysans de la région de Danyi. Michel Tsévi, le président de l’UGPAD se voit proclamé Meilleur Paysan du Togo, décoré de la médaille du mérite lors du Forum sur Kpalimé par Son Excellence, Monsieur le Président du Togo.

L’année1999 met en route une première construction scolaire sur le village d’Amou-Oblo, s’installe deux ans plus tard celle de Kpangalam, puis se succèdent les chantiers sur Tchalo, Akamadé, Tonato, Kouloumi.

Tout récemment, en décembre 2011, s’inaugure la sixième école sur ce village de Kouloumi, enclavé dans la brousse l’autre côté de Tchamba. Tous ces établissements voués à l’éducation : la base du déve- loppement de tout pays, restent du niveau primaire dont le but demeure de faciliter l’accès à l’école pour des petites jambes d’enfants éloignés d’un centre scolaire. Promouvoir aussi la condition féminine. Les filles moins privilégiées que le sont les garçons !

Écoles, bibliothèques, orphelinats, dispensaires, CMS, maternités, bassins pour la culture de spiruline, cette plante aquatique pour combattre la malnutrition, un laboratoire d’analyses médicales sur Sokodé, (Centre-Togo) atelier de soudure pour la confection de tricycles, puits, forages avec eau potable pour fai- re reculer la mortalité infantile causée par le liquide immonde des marigots, source de maladies infectieuses.

GAIA incite à la culture du moringa : un arbre qui donne la vie, l’artémisia une plante pour tisanes à combattre le paludisme.

Les actions, réalisations humanitaires, témoignent de la contribution de l’association GAIA au développement du Togo.

Ces concrets résultats, requièrent l’investissement d’un grand nombre de bonnes volontés, tous bénévoles, des maillons de tous âges – ici et au delà des frontières. Une certitude, les adultes près des jeunes apportent un équilibre dans la famille GAIA, qui s’étoffe petit à petit.

Important.

Pour toutes ces réalisations humanitaires installées à travers la brousse togolaise, pour assurer la pé- rennité, éviter l’assistanat, sont choisis sur place des relais-GAIA-Togo en tenant compte de leur savoir, de leurs compétences.

GAIA craint les dérapages, les calculs individualistes qui ont vite fait de dérouter des ONG. La pru- dence et un bon discernement sont de rigueur pour désigner les relais autochtones, de qui GAIA exige une honnêteté sans faille ! Leur mission d’enquête sur le terrain, dans les villages, doit situer les réels be- soins dans les divers domaines que sont l’agriculture, l’éducation, la santé. Ils assument le suivi qui s’im- pose pour le bon fonctionnement du projet installé par l’association, faciliter l’accueil pour des stagiaires lycéens, étudiants et autres intéressés associatifs.

GAIA possède à ce jour de nombreux relais autochtones retenus pour leurs valeurs d’intégrité, de transparence, d’esprit de solidarité, sans tenir compte de leur appartenance à telle ou telle religion, mais de leurs vraies valeurs humaines !

Un témoignage parmi tant d’autres, Lise 22 ans, étudiante à Rennes.

Avec sérieux, je planche sur mes révisions afin d’être au top le jour J des examens. Ma motivation, je la dois à l’expérience d’un mois de stage vécu au Togo en 2009 grâce à GAIA : une association qui se veut à l’écoute des jeunes !

Arrivée sur mon lieu de stage au centre Togo, j’admets que l’adaptation des premiers jours m’a été très difficile. Le choc des réalités qui s’étalent à mon regard de yovo met à mal ma sensibilité.

Je découvre sur mes quatre semaines dans une école primaire, une ribambelle d’enfants, avides de savoir, d’assimiler au plus vite les cours pour devenir des débrouillards, mais aussi pour éviter les puni- tions infligées du maître, renforcées par les parents qui prennent la relève ; Ô cette chicote que redoutent les postérieurs !

Les récréations dans une cour poussiéreuse me représentent entourée de petits bras, de mains ten- dues, de regards curieux, de questions pertinentes :

« Pourquoi tu es … ? pourquoi tu as … ? pourquoi… ??? »

Que de haillons, voire des lambeaux sur certains pauvres corps au ventre rebondi, hérités d’un aîné et reportés pour fréquenter les bancs scolaires tant convoités. Ceux du primaire ne leur permettront qu’un maigre bagage L’école de la Vie fera le reste pour ces pauvres enfants dont la famille ne peut assumer les frais d’écolage qu’exige un collège, encore moins un lycée !

J’avoue connaître des haut-le-cœur, face à l’eau immonde, à l’hygiène méconnue et, c’est alors que pointe la nostalgie sur mon bien-être laissé derrière moi en Bretagne. Et pourtant, le stage terminé, com- bien je verse des larmes à l’heure du départ pour le vol qui me ramènera à Paris; me remettra dans le bain des privilèges que j’ignorais aveuglement avant de partager les conditions de mes frères togolais.

À présent, chaque courrier, chaque message qui me parvient du Togo à travers les bons services GAIA, m’apporte un rayon de soleil qui réchauffe mon quotidien, allège mes multiples contraintes estu- diantines pour réussir mon avenir, confrontée à l’esprit matérialiste de mon entourage.

À mon tour je veux devenir « débrouillarde » à l’exemple de ces petits à la joie de vivre et surtout, repartir dès que possible au Togo pour une mission humanitaire que me confiera l’association GAIA qui m’a forgée au combat de l’espérance !

Je dis Akpé kaka kaka loo GAIA et je retiens cette citation de F. Ozanam … « SI tu as mis la main dans celle d’un pauvre, tu as rencontré Dieu ! »