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La Suisse de hier et d’aujourd’hui

La fraternité suisse à l’épreuve
Entretien entre Laurent Ladouce et Jean-Pierre Vettovaglia
Samedi 8 juin 2024 à l’Espace Barrault, Paris

Par Jean-Pierre Vettovaglia, ancien Ambassadeur de Suisse, ancien Représentant personnel du Chef de l’État, Administrateur de banque (Genève), essayiste.

« En politique, le vrai et le mensonge portent le même pagne », Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à venir et dans ce clair-obscur surgissent des monstres », Antonio Gramsci

Je voudrais signaler d’emblée que je n’ai pas la science infuse mais me considère plutôt comme un intellectuel pratiquant le questionnement.  Il me paraît plus intelligent en effet de poser des questions pertinentes que de donner des réponses définitives. Admettre que les problèmes sont complexes est une défense contre l’arrogance intellectuelle de beaucoup. Dans le monde d’aujourd’hui où chacun paraît détenteur de la vérité, l’humilité s’impose. Il faut des antidotes à la bêtise ambiante[1]. En effet, si notre civilisation reposait sur la raison, l’écrit et la lenteur, le nouvel âge numérique repose sur l’émotion, l’image, la vitesse et le « moi je », ma vérité, mon témoignage, le repli sur soi.

Les grands « mythes » suisses sont certes dernière nous, la Suisse s’est mise à ressembler de plus en plus à tous les autres États européens. Certes, elle reste un pays avec une organisation démocratique interne remarquable, un système éducatif efficace et une formation à l’apprentissage à nul autre pareil sans oublier un système de santé que l’on peut nous envier. Un pays relativement « propre en ordre » (nous n’avons pas 150 zones de non-droit sur notre territoire, statistiques du Ministère français de l’Intérieur), nos villes ne sont pas des champs de tir quotidiens ou presque. La Suisse dispose enfin d’un pouvoir d’achat par tête (PNB /habitant) deux à trois fois supérieur à tous ses voisins.

L’immigration commence toutefois à s’imposer comme la première préoccupation des électeurs qui voteront bientôt sur une initiative populaire (consultation exigée par 100.000 signatures) proposant la limitation de la population suisse à 9 millions. De multiples coûts en hausse menacent le niveau des revenus. Et puis il y a la guerre en Ukraine et à Gaza. La neutralité est remise en question. Une autre initiative propose son inscription dans la constitution (ce n’est pour l’heure qu’un principe de politique étrangère).

Des questions fondamentales se font donc jour à l’horizon :

1.- La Suisse est-elle toujours indépendante ou de plus en plus soumise aux diktats de l’Amérique, à l’image d’une Europe « panurgisée » ?

2.- La Suisse est-elle toujours neutre ou veut-elle encore l’être ?

3.- La sécurité juridique et le droit à la propriété sont-ils encore assurés en Suisse ?

Mais commençons par quelques remarques sur le contexte international :

Le contexte démontre à l’envi que le système international mis en place après 1945 est au bord de la rupture[2].

Nous assistons à ce que Thérèse Delpech[3] appelait en 2005 déjà « L’Ensauvagement » du monde ou « Le retour de la barbarie au XXIe siècle ». Notre époque combine les moyens de destruction et les penchants nihilistes de nos détresses contemporaines.

Ces mondes sont figés dans leurs différences historiques, culturelles et religieuses et de ce fait voués au conflit. Face à la menace, plus de place pour le dialogue.  Et pas d’autre alternative que la fermeté, voire la guerre. Par tous les moyens[4].

L’on comprendra aisément que formuler une politique nationale de solidarité, d’indépendance et de neutralité dans ces circonstances extraordinairement complexes est une véritable gageure. La Suisse, quelque peu déboussolée, aura fort à faire pour défendre ses intérêts et ses valeurs. Est-elle, comme l’Afrique après la décolonisation, « mal partie » en ce début de XXIe siècle ?

1.- Un personnel politique inadapté :

Il n’y a pas si longtemps de cela, le Conseil fédéral pouvait gérer le pays et sa politique étrangère comme l’aurait fait n’importe quel administrateur de conseil d’administration sans difficulté ni anicroche. Ces temps-là sont révolus. Nous sommes sortis d’un monde heureux (un monde de « bisounours », dit Hubert Védrine, alors que nous avons « Jurassic Park » tout autour de nous) et où nous avons cru longtemps que nos valeurs étaient vouées à devenir universelles.

Le « modèle » suisse proposait en effet au monde une démocratie enviée, un fédéralisme salvateur, quatre langues nationales, une promotion des droits de l’homme universels et une neutralité au service de tous. En bonus : nos actions de bons offices et de médiation. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes avec une Assemblée fédérale de milice et donc un Conseil fédéral de milice, puisque les Conseillers fédéraux doivent être choisis parmi les membres du Parlement…

Cette Helvétie-là pouvait alors se satisfaire de cette solution de politiciens « amateurs » quittant leur profession et leur famille pour les quelques semaines de réunions parlementaires à Berne ou quelques mandats de ministres. Aujourd’hui, cela ne suffit plus. « Sutor ne supra crepidam » disait Pline l’Ancien, « cordonnier, ne juge pas plus haut que tes chaussures » ! Ce n’est plus à l’ordre du jour. Que la démocratie suisse soit en panne n’est vraiment pas nouveau : « La Suisse, une démocratie en panne » disait déjà Laurent Rebeaud dans son livre publié en …1978[5].

Le monde est devenu infiniment complexe. Pour porter des responsabilités en matière de politique étrangère et de sécurité en particulier, il faut être intellectuellement plus performant que par le passé, doté d’une mémoire historique solide et d’un certain sens de l’histoire qui va…sans oublier le sens du devoir à accomplir bien au-delà de son appartenance politique propre, le courage politique, une gravité, une solidité, de la persévérance ainsi qu’une clarté des objectifs, voire une certaine dose de sagesse. Loin de la politique spectacle et de la mise en scène personnelle. Loin d’une obsession que peut représenter la recherche d’une présence constante dans les médias et l’attractivité des lambris dorés internationaux.  Loin de la politique de l’émotion, de la peur et de la colère[6] que décrit Dominique Moïsi. La naïveté n’est jamais bonne conseillère. Il faut une intelligence critique.

Comment attendre raisonnablement une politique magistrale du Conseil fédéral permettant à la Suisse de maîtriser sa liberté et sa neutralité, alors que notre gouvernement est incapable d’assurer et d’assumer la transmission de l’expérience du passé et puisque la rupture au contraire semble devenir le moteur de la modernité suisse ?

Refuser tout héritage, faire table rase ou presque de la neutralité de jadis, mépriser les modèles et les filiations, qu’est-ce à dire ?

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les dirigeants occidentaux préparent leurs populations à une guerre contre la Russie. Sans savoir de quoi ils parlent. Une psychose paranoïaque collective a fait régresser le psychisme des individus dans la déraison. Il s’agit de dire halte à ces dangereuses dérives.

« Après nous le déluge » ?[7] « Refondation du monde » ?

La Suisse est totalement intégrée dans l’Occident global, politiquement, économiquement, financièrement.

Son gouvernement et sa classe politique de la gauche jusqu’au centre droit, la plupart de ses professeurs d’université, sont profondément pro-américains, pro-israéliens et parfaitement antirusses, tout comme le sont ses médias « mainstream » (la NZZ, littéralement le parti de la guerre, le Tages Anzeiger, le Bund, Le Temps,) et ses chaînes de télévision officielle.

Ils ne voient pas l’OTAN comme une créature de l’Amérique qui veut les dominer mais l’axe du bien démocratique, ils ne voient pas les stratagèmes centralisateurs et parfois bien peu démocratiques de l’UE… Leur naïveté est sans borne. Ils sont déconnectés de la réalité, décérébrés, « jivaronisés » (pardon du néologisme à propos de ces indiens réducteurs de têtes !)

Alors Suisse, quo vadis ?

2.- Mais comment en est-on arrivé là :

« Souvent les gens ne veulent pas voir, entendre et parler de vérité parce qu’ils ne veulent pas que leurs illusions soient détruites » Friedrich W. Nietzsche

« La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire » Noam Chomsky

Le 24 février 2022, la Russie a envahi l’Ukraine. Qu’elle y ait été provoquée ou non ne change rien à l’affaire : la guerre était de retour en Europe. Établir les responsabilités n’est pas le propre de cette étude. Des centaines de livres ont déjà été publiés sur le sujet. Je me réfère souvent au « Prince « de Machiavel et à sa sagesse ancienne. Et en particulier à son chapitre II et à son alinéa 11 qui dit : « Ce n’est pas celui qui, en premier, prend les armes qui est la cause de la guerre, mais bien celui qui, en premier, lui en donne les raisons ».

Au même moment éclatait une autre guerre : la guerre de l’information ou de la propagande imposée à ses alliés par l’Amérique, son Président, ses principaux responsables néo-conservateurs, ses généraux, sa diplomatie, ses multiples agences de renseignement, ses chaînes de télévision, ses médias « mainstream » et des douzaines d’agences de communication au service de la Maison Blanche et de l’Ukraine essentiellement. Des dizaines de milliers de personnes sont engagées dans ce processus partout en Europe et aux Etats-Unis. L’ensemble du complexe militaro-industriel américain[8] le pratique comme parole d’évangile. Faites ce qu’on vous dit et arrêtez de nous créer des problèmes ! La raison du plus fort est toujours la meilleure.

C’est ce que l’on a appelé le « narratif » occidental. Son succès a été aussi foudroyant que total.  Il n’est guère remis en question. Et il rend l’exercice de la neutralité difficile.

3.- Les libertés que le gouvernement suisse prend avec la neutralité

La Suisse a repris en effet sans baragouiner dans les 48 heures les sanctions unilatérales illégales de l’UE après celles tout aussi unilatérales et illégales des USA (contraires au droit de la neutralité, voir annexe 1). Toutes les sanctions non approuvées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sont illégales. La Suisse n’avait pas suivi les sanctions de 2014 lors de la prise de contrôle de la Crimée par la Russie…

Le Conseiller fédéral Casis, MAE, a parlé d’une guerre commerciale afin de mettre la Russie sur les genoux ce qui est assez belliqueux et peu compatible avec la neutralité. Bruno Le Maire l’avait dit avant lui.

La Suisse n’a pas exporté directement des armes vers l’Ukraine mais de façon subreptice et détournée ce qui est incompatible avec le droit de la neutralité.

Elle va peut-être s’attaquer aux fonds souverains russes et sans doute envoyer les intérêts de ces dépôts à l’Ukraine (contraire au droit international) après s’en être prix aux citoyens russes qui résidaient depuis des dizaines d’années en Suisse, payaient des impôts et envoyaient leurs enfants dans nos écoles. Compromettant ainsi notre place financière par l’illégalité de nos actes. La Russie a d’ailleurs déclaré que la Suisse n’était plus un pays neutre ni un pays ami…)

Je vous passe les achats de F-35, un bombardier !!!! et le rapprochement accéléré et dissimulé avec l’OTAN. Les meilleurs esprits de Suisse (?) réunis au sein d’un « Manifeste 21 » (anciens ministres, anciens ambassadeurs, professeurs, etc.) la semaine dernière ont réussi à écrire qu’une Suisse neutre attaquée directement par la Russie ne pourrait pas profiter de la protection de l’OTAN sans être membre ???!!! Signe avancé de décomposition intellectuelle.

L’organisation par la Suisse à la suggestion de Zelenski de la Conférence de paix  du Bürgenstock est une farce tragique et un bal des vampires otaniens en l’absence de la Russie non invitée.  Une plaisanterie, dit Jeffrey Sachs… à 15 millions de francs suisses.

La grande force d’un pays est son unité…or, elle fait défaut, partagée qu’elle est en deux camps. Dont un camp de casse-cous acrobatiques où règnent la confusion et la perte d’orientation.

En Suisse, seule la « Weltwoche » semble avoir gardé ses esprits, mais elle est dénoncée pour son « appartenance » politique à l’UDC[9].

Le choix de nos dirigeants est, il est vrai, délicat. Dans ce contexte où tout est noir ou blanc, les subtilités habituelles de la politique de neutralité n’ont plus que difficilement cours.  Puisque l’on vous dit que le monde est divisé entre méchants/mauvais Russes et bons/gentils Ukrainiens, entre une alliance « exclusivement » défensive et les hordes de Genghis Khan[10] … il est difficile de justifier les réserves d’ordre juridique ou mentales et de pas embrasser la cause du plus faible. Et pourtant…

Le Conseil fédéral a défini un ennemi dans ces conflits, soit la Russie et le Hamas sans expliciter publiquement sa politique. Sa démarche politique de soutien à l’Ukraine et du combat polémique avec Moscou n’est pas de l’ordre du rationnel et ne relève d’aucune analyse.  Il en est de même avec Israël. La Suisse n’a pas cherché à analyser les buts de guerre de Poutine, les raisons de son action, ses cohérences ou ses failles, et sa part de vérité. On l’a simplifié et on l’a réduit à des slogans pour qu’il serve le jeu politique de l’Occident otanien.  Dans la désignation de l’ennemi, le doute, le « peut-être » », le complexe n’a pas sa place. Ses raccourcis et les manipulations historiques ont donné le beau rôle aux propagandistes de toutes sortes de propager le narratif ukraino-otanien ou américano-israélien en maniant les leviers médiatiques. Le problème du Moyen-Orient semble avoir commencé le 7 octobre…Peu importe que le narratif soit faux, ce qui compte est d’engendrer des réflexes intellectuels qui permettent de se situer dans un espace/temps qui donne l’illusion de comprendre le présent. C’est ainsi qu’on mobilise l’opinion, que l’on créée des tensions, voire un climat de peur[11]

En attendant le Conseil fédéral suisse est en train de nous enlever la neutralité, la paix, la confiance et la considération des autres pays et de la Russie en particulier, leur respect et leur sympathie. Personne ne veut voir que les Etats-Unis sont devenus hautement toxiques. Je cite toujours le Christ qui a dit que les hommes peuvent perdre leurs âmes pour de bien mauvais motifs…Une âme confiée à l’OTAN, donc aux USA, qui a pourtant livré 21 guerres contemporaines ne respectant pas le droit international tel que contenu dans la Charte des Nations Unies[12]. Son promoteur de 1945 ne respecte pas le droit international ayant forgé sa propre loi de la jungle appelée le « rules based order. ».

Tous ces processus de manipulation de l’opinion sont connus et utilisés depuis 1928 et la publication aux Etats-Unis de l’ouvrage d’Edward Bernays, un neveu de Freud, intitulé « Propaganda », comment manipuler l’opinion en démocratie.[13] C’est une école où l’on apprend à penser faux.

Conclusion

La Suisse se doit de rester un cas à part. C’est la meilleure option car elle n’a rien à gagner à se diluer dans des ensembles plus vastes tels que l’OTAN ou l’UE qui lui prendraient nul doute une bonne partie de son indépendance et de sa liberté de décision. Elle est au milieu de l’Europe mais regarde le monde dans son ensemble. La Suisse y perdrait son âme, ses particularités, son originalité et sa spécificité d’esprit pour se fondre dans un grand magma imposé par une UE de plus en plus autoritaire et de moins en moins unanime.

Le parti pris antirusse adopté en Suisse depuis février 2022 tant par les gouvernements que les instituts universitaires d’études stratégiques, les think tanks, que par les services de renseignement et les grands médias, conduit à un dangereux aveuglement, une sorte d’« effet tunnel» dont l’une des incidences les plus perverses amène à n’envisager la menace que sous un angle idéologique («l’Europe représente la démocratie, la Russie la dictature; Zelenski est le nouveau Churchill, Poutine le nouvel Hitler»). Contrairement au postulat de neutralité que commande toute analyse polémologique et stratégique sérieuse, le discours suisse baigne dans la propagande.

A côté de nous, le Collectif Occident se délite de manière accélérée : la France s’est fait éjecter de son pré carré africain, les États-Unis sont complètement empêtrés à Gaza, sans parler de l’effondrement progressif de l’ordre social au sein de la société américaine, en Ukraine la situation a clairement tourné en faveur de la Russie (qui conformément à sa doctrine stratégique «prend son temps»), l’économie des pays de l’UE tourne au ralenti et l’épineuse question de leur dépendance énergétique n’est pas résolue. Notons au passage la question posée par quelques parlementaires suisses proposant que notre pays rénove à ses frais certains tronçons du réseau ferroviaire allemand menant vers Bâle : une telle démarche en dit long sur l’état déplorable des infrastructures et des difficultés budgétaires de nos voisins. On pourrait poursuivre cette énumération dans d’autres domaines, notamment celui des systèmes éducatifs des différents États européens qui ne cessent de se détériorer avec, par exemple, un taux moyen de 20 % de décrochage dans le post obligatoire…La Suisse peut et doit rester indépendante dans toute la mesure du possible, conserver ses institutions et sa neutralité naturellement. C’est tout simplement indispensable.

Annexe :

La neutralité perpétuelle de la Suisse a fait l’objet d’une déclaration des puissances européennes en date du 20 mars 1815 au Congrès de Vienne puis d’une reconnaissance par le Traité de Paris du 20 novembre 1815. 

La Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (état au 13 février 2022) ne fait pas figurer la neutralité sous le Titre 1. Dispositions générales. Son article 2 assigne à la Confédération un but (au singulier), celui de protéger la liberté et les droits du peuple en assurant l’indépendance et la sécurité du pays. La neutralité n’est pas mentionnée à ce stade.

Il faut attendre le Titre 5, Chapitre 3, « Conseil fédéral et administration fédérale », et la Section 2 « Compétences » pour trouver l’article 185 intitulé « Sécurité extérieure et sécurité intérieure »    qui dans son alinéa 1 prévoit que « le Conseil fédéral prend des mesures pour préserver la sécurité extérieure, l’indépendance et la neutralité de la Suisse ».

 Le DFAE prétend que ce flou artistique est là pour ne pas limiter la politique de neutralité dans sa marge de manœuvre.  Cette argumentation est-elle toujours pertinente ? Le Conseil fédéral a plutôt l’air parfois de servir une cause étrangère à nos traditions (reprise des sanctions, rapprochement avec l’OTAN, rapprochement avec l’UE…).

 Le droit de la neutralité, quant à lui, a été codifié dans les Conventions de La Haye du 18 octobre 1907 et fait partie du droit international. Il revendique l’inviolabilité du territoire de l’État neutre et son indépendance. Les obligations principales quant à elles sont entre autres :

  • S’abstenir de participer à la guerre
  • Garantir l’égalité de traitement des belligérants pour l’exportation de matériel de guerre.
  • S’abstenir de fournir des mercenaires aux belligérants
  • S’abstenir de mettre son territoire à disposition des belligérants

N.B. Il y a différentes catégories de pays neutres :

Le Costa-Rica s’est déclaré neutre unilatéralement.

L’Autriche est devenue neutre en 1955, condition du  retrait des troupes russes.


[1] On lira avec profit le dernier livre de Pierre-André Taguief, philosophe, politiste, historien des idées et directeur de recherche au CNRS.  « Le Nouvel Âge de la Bêtise », Éditions de l’Observatoire, Paris, 2023, 316p.

Ainsi que celui de l’excellente Eugénie Bastié, grand reporter au Figaro, « La Dictature des Ressentis », Plon, Paris, 236p.

[2] Cf. « Portrait d’un monde cassé », Le Grand Continent, Gallimard, Paris, 2024.

3 Thérèse Delpech, « L’Ensauvagement, Le retour de la barbarie au XXIe siècle », Grasset, Paris, 270 p., 2005

4 Tzvetan Todorov, « La peur des barbares, Au-delà du choc des civilisations », Robert Laffont, Paris, 312 p., 2008

[5] Laurent Rebeaud, « La Suisse, une démocratie en panne », L’Âge d’Homme, 190p., 1978

Dans la ligne des Ziegler, Masnata Claire et François, Rebeaud est inspiré par une pensée personnaliste proche de celle de Denis de Rougemont ; il s’effraie de la concentration des pouvoirs dans les mains d’une oligarchie qui s’enveloppe d’un brouillard technocratique et administratif pour mieux gouverner. Pour lui, les hommes politiques suisses sont ennuyeux… plus soucieux de ne rien dire qui puisse les desservir que d’exprimer ce qu’ils pensent… » On ne dit pas ce qu’on veut, ni où on va, à supposer qu’on le sache » … !!!

[6] Dominique Moïsi, « Le Triomphe des émotions, La géopolitique entre peur, colère et espoir », Robert Laffont, Paris, 238 p., 2024

[7] Peter Sloterdijk, « Après nous le Déluge, Les Temps modernes comme expérience anti généalogique », Payot et Rivages, Paris, 2016, 504 p.

[8] IMC, Industrial Military Complex  à savoir une expression qui désigne l’ensemble constitué par l’industrie de l’armement, les forces armées et les décideurs publics d’un gouvernement et le jeu de relations complexes entre ces trois pôles destinés à influencer les choix publics. On a vu depuis apparaître le MICIMATT, version plus complète des intérêts vitaux engagés (Military, Industrial, Congressional, Intelligence, Media, Academia, Think Tank…Complex. Les grandes firmes pharmaceutiques sont comprises dans le label « industrial » sans doute ?!

[9] Union démocratique du centre, SVP en allemand, parti populaire suisse. Le parti le plus nombreux de l’hémicycle suisse.

[10] Personne ne veut écouter les Chinois qui accusent les Américains et leur alliance militaire de verser de l’huile sur le feu. Le vendredi 26 avril 2024, le porte-parole des affaires étrangères Wang Wenbin considérait que l’OTAN était directement responsable pour le conflit. Pour la Chine, la responsabilité de l’Amérique pour le conflit ukrainien « is unshiftable ».

[11] Pour éviter de perdre la guerre et pour poursuivre leur soutien à l’Ukraine, l’OTAN, les pays baltes, la Pologne,

la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne sont derrière Zelenski et son régime et vous disent qu’après Kiev, ce sera le tour de la Pologne, de la Moldavie, des Baltes et un jour sans doute jusqu’au Portugal. Le Conseil fédéral montrait d’habitude davantage de bons sens.

[12] Voir le l’ouvrage de Ganser sur les guerres de l’OTAN

[13] Edward Bernays, « Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie », Zone, Éditions de la découverte, Paris, 2007, pour la version française de l’ouvrage de 1928, 144 pages. Et aussi, Edward Bernays, « Crystallizing Public Opinion », Gildan media LLC, Etats-Unis, 2019, reproduisant l’ouvrage original de 1923 !

 Et comme dit Noam Chomsky : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire ». A méditer.

Une autre lecture obligatoire (!) est à noter précieusement : Anne Morelli, « Principes élémentaires de propagande de guerre, utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède », Éditions Aden, Bruxelles, 2022, 194p. Anne Morelli est historienne et professeure honoraire de l’Université de Bruxelles. L’idée de son livre provient d’un ouvrage très troublant d’Arthur Ponsonby publié à Londres en 1928 et intitulé « Falsehood in Wartime ».