Le 13 décembre, au siège de la Fédération pour la Paix Universelle (FPU) à Paris, une rencontre a été organisée conjointement par la FPU et la Fédération des Femmes pour la Paix Mondiale (FFPM) afin de commémorer le 77ᵉ anniversaire de la Journée internationale des droits de l’homme, autour du thème : « Les droits humains et notre responsabilité ».
Les deux organisations, toutes deux dotées du statut consultatif général auprès de l’ECOSOC des Nations unies, marquaient également la clôture d’une année symbolique, célébrant à la fois le 80ᵉ anniversaire de l’ONU et le 20ᵉ anniversaire de la FPU. Pour couronner cet événement, plusieurs participants ont été invités à recevoir un certificat d’Ambassadeur de la Paix décerné par la FPU.
Aperçu de la remise des certificats aux nouveaux ambassadeurs et ambassadrices de Paix
Devant une salle comble rassemblant des invités de cultures et de nationalités diverses, Mme Brigitte Wada, présidente de la FFPM-France et modératrice de la rencontre, a souhaité la bienvenue à l’ensemble des participants, avant de donner la parole aux quatre intervenants.

M. Jacques Marion, président de la FPU France, a abordé la conception contemporaine des droits de l’homme en mettant en lumière l’importance souvent négligée des devoirs, de la responsabilité et de la fraternité. Si la liberté et l’égalité sont largement revendiquées comme des droits, a-t-il souligné, la fraternité est trop souvent délaissée, car elle relève avant tout du devoir. Il a rappelé qu’une focalisation exclusive sur les revendications de droits conduit les sociétés à perdre le sens de l’éthique personnelle et de la spiritualité.
Il a ensuite évoqué la création de l’ONU dans le contexte de la guerre froide, période marquée par la marginalisation du spirituel au profit du politique et du juridique. Il a rappelé l’avertissement de Dag Hammarskjöld sur la nécessité d’une renaissance spirituelle pour préserver la civilisation, ainsi que l’engagement des fondateurs de la FPU en faveur de la réconciliation internationale, malgré les clivages idéologiques. La FPU plaide ainsi pour l’intégration d’un conseil interreligieux au sein de l’ONU, afin de mieux répondre aux conflits contemporains, souvent marqués par des dimensions religieuses ou ethniques. Enfin, il a alerté sur le recul préoccupant des libertés religieuses en Asie, notamment en Corée du Sud, où certains leaders religieux sont persécutés, voire emprisonnés, en raison de leurs prises de position politiques.

M. Driss Senda, président de la FPU au Congo-Brazzaville, a ensuite évoqué le défi de la paix face à la complexité du monde actuel. Il a décrit une transition historique majeure, caractérisée par le déclin relatif de la domination occidentale au profit de l’Asie orientale, entraînant l’effritement de l’ordre international fondé sur le dialogue et le droit. Cette période de bascule, a-t-il expliqué, crée une « zone grise » géopolitique dans laquelle l’intimidation tend à remplacer la concertation, tandis que l’explosion des budgets militaires interroge la crédibilité même de l’idéal de paix.
Dans un monde globalisé où aucune puissance ne peut désormais imposer seule sa volonté, il a souligné que la FPU et les Ambassadeurs de la Paix ont pour mission d’agir comme des « lumières » face aux dérives autoritaires et aux replis identitaires. Il a conclu en mettant en avant le rôle fondamental de la culture et de la créativité, capables de réparer les fractures de l’histoire et de bâtir des ponts entre les peuples.

Mme Marie-Claude Machon-Honoré, représentante de BPW International auprès de l’UNESCO et ancienne présidente du Comité de liaison ONG-UNESCO, a ensuite mis en lumière le rôle de l’UNESCO ainsi que l’importance de l’éducation et de l’art comme vecteurs de résistance et de paix. Elle a rappelé qu’aucune paix durable n’est possible sans l’inclusion pleine et entière des femmes, qui apportent des compétences, des perspectives et des réseaux communautaires essentiels à la résilience et à la reconstruction des sociétés post-conflit.
Dans ce contexte, l’art apparaît comme un levier fondamental de résistance, de guérison et de reconstruction. Des exemples concrets l’illustrent : à Gaza, la danse traditionnelle permet de préserver la dignité et l’identité culturelle ; au Mexique, la danse devient un acte de résistance silencieuse face à l’oppression ; et sur l’île de Jeju, en Corée du Sud, le dessin et la peinture servent à libérer la mémoire traumatique collective et à amorcer un processus de guérison communautaire.

Enfin, Mme Carolyn Handschin a présenté l’initiative « Pas de paix sans les femmes », née de l’urgence et de l’émotion suscitées par l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Cette initiative repose sur la conviction que les conflits ne sont pas inévitables et que leur prévention exige la mobilisation de toutes les forces vives de la société, en particulier des femmes.
L’initiative vise à la fois à rassembler les décideurs politiques et institutionnels et à faire entendre la voix des femmes de la société civile dans les processus de paix et de sécurité. Elle s’inscrit dans une continuité historique démontrant l’impact déterminant des femmes dans la résolution des conflits et la reconstruction, comme en témoigne le mouvement féminin libérien ayant contribué à l’obtention de la paix en 2003. Animée par un instinct de protection envers les enfants et les communautés, cette mobilisation féminine constitue un levier puissant pour la construction d’une paix durable.
L’après-midi s’est conclue par une session de questions-réponses, suivie de la nomination de quatorze nouveaux Ambassadeurs de la Paix, puis d’un goûter convivial, au cours duquel les participants ont pu créer ou approfondir des liens, et esquisser des projets communs pour l’année à venir.






