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Pour une vision de la paix et du développement de l’Afrique enracinée dans un modèle de développement culturellement durable

Pastor Armand MavingaPour une vision de la paix et du développement de l’Afrique enracinée dans un modèle de développement culturellement durable

(Unesco, Paris, jeudi 12 et vendredi 13 avril 2012)

Par Armand MAVINGA TSAFUNENGA*

Président du Centre d’études et de promotion de la culture et de la communication en Afrique (CEPROCOM)

 

Le CEPROCOM a accepté avec beaucoup de joie de parrainer la Conférence européenne de dirigeants organisée à l’UNESCO autour du thème d’une vision nouvelle pour la paix et le développement humain. C’est dans ce contexte qu’il nous a été proposé d’intervenir à la troisième session consacrée à l’Afrique et au développement humain, notamment au sous-thème : « Paix et développement : le continent africain à un tournant décisif ». Compte tenu du temps qui nous est imparti, il ne nous sera pas possible d’aborder notre sujet en profondeur. Que le distingué auditoire daigne nous en excuser.

La paix et le développement sont des éléments d’une même figure secoués par le besoin criant de la justice à l’échelle planétaire. Le troisième millénaire déclaré millénaire du développement devrait être aussi le millénaire de la justice. Jamais l’avenir de l’humanité n’a été aussi menacé avec la multiplication effrénée des conflits et l’inquiétude d’une guerre mondiale nucléaire. Nous assistons de plus en plus à une paupérisation anthropologique de l’humanité et en particulier de l’Afrique et de l’Africain. Le continent africain se trouve donc à un tournant décisif, pour reprendre les termes du titre d’un ouvrage que nous allons publier : Ou l’Afrique est savante ou l’Afrique disparaîtra. Après la colonisation et les enjeux des indépendances, l’Afrique est entrée dans le piège du néocolonialisme et de la guerre froide. Sa capacité de décision et d’autodétermination a été ainsi réduite, voire compromise. Le vent de démocratisation qui s’en est suivi a ouvert la voie à des conflits électoraux et postélectoraux savamment convertis souvent en conflits interethniques. Une nouvelle histoire du monde est en train de s’écrire avec les rapports de force qui changent petit à petit et qui mettent notamment en face l’Occident, l’Orient et les puissances émergentes. Des extrémistes tentent de nous embarquer dans des concepts des chocs ou guerres des civilisations. Malgré les messes incessantes de la laïcité, le religieux est de retour et l’angoisse des guerres des religions renaît. Depuis le 11 septembre 2001, nous sommes entrés dans un nouveau monde de lutte contre le terrorisme en tant que concept flou et aux contours mal définis.

L’Afrique a été embarquée subitement dans la mondialisation impitoyable qui ouvre la voie à une vraie guerre chaude à la place de la guerre froide. Il y a émergence d’un nouvel ordre mondial totalement injuste entretenu par des multinationales et les nouvelles puissances financières qui ont plus de capitaux que les Etats notamment africains. Ces nouvelles puissances financières dictent et orientent les jeux des acteurs dans le monde. L’Afrique doit retrouver sa place dans le village global. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication nous précipitent d’un même mouvement vers l’infiniment grand et l’infiniment petit ; elles deviennent des outils incontournables de justification et de construction du bien et du mal, de préparation et de justification des guerres, des conflits et de graves massacres. L’Afrique est ainsi assaillie par un nouveau phénomène, à savoir le Nouvel ordre international de l’information pour la recolonisation, l’exploitation et le pillage de l’Afrique (NOIREPA). Les grands médias sont savamment utilisés pour maintenir l’Afrique dans son statut de réservoir et ustensile, pour reprendre une expression chère à Joseph KIZERBO (1). Le rapport du PNUD pour 2011, fondé sur l’indicateur du développement humain (IDH), illustre  que les Etats africains sont parmi les Etats les moins développés avec un développement humain moyen et notamment faible, après la célébration du cinquantenaire des indépendances. Les Etats africains ne sont pas globalement parvenus à tirer profit de l’excellent travail fourni par l’UNESCO pour l’adaptation et la mise en œuvre de la dimension culturelle du développement, de la paix et de la démocratie.

La conceptiologie du sous-développement élaborée par le Laboratoire d’Anthropologie de la Renaissance Africaine (LARA), en collaboration avec le CEPROCOM, montre comment le concept du sous-développement a totalement faussé la vision du développement et a ouvert la voie à une vision d’une Afrique incapable de se développer et devait être développée par les autres. Cette vision a inspiré l’aide occidentale au développement dans les pays dits sous-développés, en particulier en Afrique. La coopération au développement s’est révélée être dans l’ensemble une coopération au sous-développement, un piège pour le continent africain embourbé dans une dette sans fin. L’Afrique n’avait pas la vocation de devenir l’Occident, car l’une des revendications premières des Etats africains à leur accession à l’indépendance était la recherche de leur identité, surtout dans les années 70. Une revendication culturelle.

L’Afrique est vraiment à la croisée des chemins et devrait prendre ses responsabilités. Un enjeu majeur risque de bouleverser totalement le devenir de l’Afrique, à savoir le bicolonialisme ou le multicolonialisme auquel elle est exposée. En effet, l’Afrique est écartelée aujourd’hui entre l’Occident et l’Orient dont le chef de file est la Chine. Le nouvel affrontement des matières premières stratégiques est lancé et l’Afrique risque d’être frappée de plein fouet. Au néocolonialisme occidental s’oppose la colonisation en différé de l’Orient. La culture conçue de façon globale est l’arme fondamentale de libération et d’une vision nouvelle de la paix et du développement humain en Afrique. La culture est la matrice du modèle de développement d’un peuple, d’une communauté ou d’une société ; elle est la matrice fondamentale de l’existence, de la visibilité, de la création, de l’invention et de la protection d’un groupe ou d’une société. Les Etats africains doivent formuler des politiques culturelles pour le développement larges et globales prenant en compte les enjeux de la paix. « Toute politique culturelle doit retrouver le sens profond et humain du développement. Des modèles nouveaux s’imposent. Et c’est dans le domaine de la culture et de l’éducation qu’il nous faudra les trouver.» (2)

La paix durable est une paix culturelle puisant toute sa force dans la culture de la paix. Le développement durable est un développement culturel, harmonieusement humain, fondé sur des modèles de développement culturels, d’où la nécessité de repenser le tout et de proposer des modèles de développement culturellement durable. Le combat écologique ou environnemental, avant d’être politique, doit être d’abord culturel pour réussir. L’éducation, la culture et la recherche sont des clés importantes pour l’Afrique qui n’a plus à attendre toujours de l’Occident et de l’Orient ; elle doit proposer une nouvelle vision de la paix et du développement en Afrique et dans le monde, et reprendre sa place de berceau de l’humanité. Elle doit sortir des pièges des visions inadaptées et parfois imposées de la domination, de la paix, du développement, de la liberté, de la justice, de la solidarité et de la démocratie.

C’est un symbole important que cette conférence se tienne à l’UNESCO, forum intellectuel universel. Plus qu’hier, c’est aujourd’hui que l’UNESCO est encore plus importante pour éclairer le chemin de la paix, de la solidarité, de la liberté, du développement, de la justice et du savoir dans le monde et en particulier en Afrique. Ne pas accomplir cette mission est un crime contre l’humanité pour cette dernière.

 

  1. 1. Nécessité d’une approche large et globale de la culture

 

La dimension retreinte de la culture empêche de développer une vision cohérente du développement et de la paix en Afrique. Il s’impose de reformuler et de reconfigurer des politiques culturelles pour le développement en Afrique en adoptant une approche large  et globale de la culture, prenant en compte des aspects quantitatifs et qualitatifs. La remarque de Colin Mercer est importante : « Le plus grand problème auquel nous devons faire face, dans le domaine de la politique culturelle, ne provient pas, je le crois, d’un manque de ressources, d’un manque de volonté, d’un manque d’engagement, ni même d’un manque de coordination des politiques à ce jour. Il provient d’une mauvaise appréhension ou d’une formulation et d’une reconnaissance incomplète de l’objet même de nos réflexions : la culture. » (3) Il est surprenant de constater que l’Afrique, elle-même, revendicatrice de son identité plurielle, n’a toujours pas encore accordé l’importance qu’il faut à la culture et à la dimension culturelle de la libération, de la paix et du développement.

La conférence de Mexico (4) a exprimé l’espoir d’une convergence ultime des objectifs culturels et spirituels de l’humanité dans le sens de la contribution effective au rapprochement des peuples et d’une meilleure compréhension entre les hommes. Elle a considéré la culture comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Ainsi, la culture englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. L’approche culturelle nous contraint de considérer la culture comme un ensemble organique et indivisible pour éviter des erreurs d’appréciation des éléments constitutifs d’une culture ; elle illustre qu’il y a plusieurs modèles de développement. « Dans l’approche culturelle, la culture constitue la réalité indépendante et le développement est la variante dépendante. Il n’y a donc pas une seule approche culturelle du développement, mais autant de formes de développement que de cultures. » (5)

L’approche culturelle du développement a été définie dans la Déclaration de Mexico et par l’UNESCO : « La Déclaration de Mexico a formulé l’une des premières définitions de l’approche culturelle du développement, à savoir que le développement doit se fonder non seulement sur la volonté de chaque société, mais également exprimer son identité profonde. Si la culture est la matrice dans laquelle l’identité d’une société est créée et recréée, le développement est l’appellation exacte de ce processus de création/recréation. Autrement dit, la culture d’une société cesse de former un ensemble ingérable d’obstacles et de points d’appui pour le développement dès lors que celui-ci n’est plus défini en termes étrangers à l’identité de ladite société. Au contraire, il devra dans cette hypothèse être considéré en termes de processus de changement endogène et d’interactions entre les sociétés, processus grâce auquel elles pourront se transformer, en accord avec leur identité propre et à leurs propres conditions.

Définir le développement en termes d’aspirations inhérentes à une culture, plutôt que d’évaluer une culture en fonction de sa capacité à faciliter ou à empêcher le développement, représente une transformation substantielle quant à l’attitude à adopter dans le travail de développement. Si cette attitude se concrétise pleinement dans les actes comme dans les paroles, elle pourrait constituer un changement historique dans les relations internationales. Les institutions de coopération multilatérale se sont engagées dans ce changement, du moins en principe, en tirant les conséquences du processus de réévaluation opéré au cours des vingt dernières années. Durant la période récente, les agences de développement ont effectivement commencé à comprendre que les nouveaux objectifs qu’elles s’étaient fixés (développement participatif, durable, humain et social) ne peuvent être atteints que si elles sont prêtes à repenser le rôle central de la culture pour rendre possibles ces différents processus. C’est précisément en raison de l’ignorance de la dimension culturelle, vue comme une série de facteurs d’importance minime ou secondaire, isolés des interactions complexes qui les lient, que les nombreuses tentatives pour concrétiser de nouveaux modèles déçurent si gravement les attentes de leurs initiateurs. » (6)

La nouvelle vision du développement de l’Afrique est la vision de l’Afrique qui doit redevenir l’Afrique, berceau de l’humanité. Cette vision trouve sa force dans des modèles de développement culturellement durable. L’Afrique doit sortir d’une vision erronée d’exploitation de ses matières premières pour tendre vers une nouvelle stratégie de création des richesses et de partage équitable des nouvelles richesses. Face aux grands blocs économiques et commerciaux, elle a l’obligation de l’union et de l’unité. C’est dans l’éducation, la culture, l’information et  la recherche qu’elle en trouve des outils précieux

 

  1. 2. Les enjeux d’une nouvelle vision de la paix

La paix est abordée dans son sens global d’un bien-être total, excluant la vision retreinte de la seule absence des guerres ou des conflits. Les enjeux de la paix sont de taille en Afrique bloquée par plusieurs conflits meurtriers, électoraux et postélectoraux, conflits armés  liés à l’exploitation et au pillage des ressources notamment stratégiques dont ont besoin les puissances occidentales, orientales et émergentes. L’Afrique, à l’image de l’Union Africaine, n’a pas d’institutions fortes capables de défendre la paix sur le continent, et ne participe pas dans les jeux des acteurs intervenant dans la défense de la paix au niveau mondial. Au demeurant l’Afrique n’est pas membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Après des siècles de domination de l’Afrique par l’Occident, ce dernier est-il disposé à acquérir les matières premières africaines à des conditions favorables pour les Africains ? Nous pensons que non. L’Occident ne changera pas sa position pour l’Afrique, c’est à l’Afrique de tirer les leçons du passé et de changer. L’Occident est-il prêt à partager l’accès aux ressources africaines avec l’Orient, notamment avec la Chine ? Non, nous entrons dans une phase terrible de conquête fondée sur la stratégie de « chaos généralisé » du monde et en particulier de  l’espace africain. Il ne faut pas se voiler la face de la paix, la domination impérialiste est fondée sur la violence et la guerre. La paix permanente en Afrique ne fait pas son affaire. La paix gêne les grandes puissances et notamment les puissances financières, et leur est fatale. Dans une situation de paix, on ne fabrique pas de bombes, chars, canons et missiles qui coûtent plus chers que l’éducation, la santé, les tracteurs et les véhicules. La paix ressemble quelque peu au suicide de grandes puissances dominatrices. Le défi de la paix est de taille et paraît même utopique pour l’Afrique qui accuse un retard scandaleux en matière d’armement. Mais l’utopie de la paix est réalisable en Afrique, si cette dernière croit à ce qu’elle a été et à ce qu’elle doit être. Notre utopie n’est pas de l’idéalisme, mais un engagement tendant à dénoncer et à annoncer : dénoncer des pratiques, tendances et structures déshumanisantes, et annoncer des pratiques, tendances et structures humanisantes. Il faut rêver l’irréel de la paix et s’engager à le traduire en réel de la paix.

Il n’y a pas de paix sans la justice. Cette dernière est une dimension fondamentale d’une société de paix. Depuis 1996 et 1997, nous n’avons cessé de mettre l’humanité en garde contre deux phénomènes qui vont bouleverser notre société, à savoir la folie de la justice et la justice de la folie (7) qui alimentent le terrorisme. En effet, en 1996 et 1997 à Kinshasa en République Démocratique du Congo, nous avons annoncé que le troisième millénaire sera le Millénaire de la Justice avec deux premières décennies décisives du vingt et unième siècle. Nous avons annoncé, dans ce contexte, que deux grands phénomènes vont bouleverser l’humanité, à savoir la folie de la justice et la justice de la folie qui alimentent des actes de terrorisme dans le monde. La folie de la justice émane de ceux à qui la justice est refusée, de ceux qui recherchent désespérément la justice et la liberté ou qui sont dans la confusion, l’ignorance, la misère et le désespoir. Les pauvres, les pillés et les opprimés sont exposés à la folie de la justice. Beaucoup d’actes de terrorisme relèvent de la folie de la justice. La justice de la folie vient de ceux qui refusent la justice et la liberté aux autres, des oppresseurs, des dominateurs et exploiteurs des autres, de ceux qui n’ont pas raison, de ceux qui sont dans le fanatisme, l’obscurantisme délibéré ou la fausseté, dans l’ignorance ou/et appliquent le principe du plus fort qui a toujours raison ; l’injustice, l’impunité et un certain terrorisme sont leur justice. Beaucoup d’actes de terrorisme émanent aussi de la justice de la folie. C’est ainsi que le combat contre le terrorisme, pour être gagné, doit impérativement être un combat juste pour la justice. Le chemin effréné de l’injustice est un chemin de la défaite et du désespoir pour nous tous, y compris pour toutes les puissances.

Il est impossible de parler de la paix dans le monde aujourd’hui sans parler du terrorisme. L’Afrique, compte tenu de sa position géostratégique et de ses faiblesses structurelles, risque de devenir un terrain prolifique des actes de terrorisme et de lutte contre le terrorisme sous différentes formes et notamment sous la forme de terrorisme religieux. Les revendications religieuses et des Etats fonctionnant suivant le code religieux se multiplient. Nous vivons la guerre en différé de l’Islam contre le Christianisme, voire des conflits ouverts graves au prix de nombreuses vies humaines. L’attaque contre l’Eglise chrétienne devient un moyen de lutte contre l’Occident. Le religieux est de retour, comme le souligne Jean-Paul WILLAIME (8). Il nous faut donc éviter le choc ou la guerre des civilisations (9) qui nous conduit à une sphère de violence et d’intolérance inouïe. Il faut une nouvelle théologie africaine fondée sur les valeurs sacrées de l’Afrique en tant que berceau de l’humanité pour sortir des pièges d’une guerre insensée et injustifiée des religions monothéistes, notamment entre l’Islam, le Christianisme et le Judaïsme. L’Afrique doit reprendre sa place pour jouer le rôle de poumon spirituel de l’humanité. C’est aussi le lieu d’appuyer la vision de la paix de la Fédération pour la Paix Universelle (FPU) fondée sur le dialogue et l’unité des religions, car le texte sacré des religions transmettent un enseignement similaire, voire identique, dans plus de 70% des cas. Il y a donc un problème d’ignorance, de confusion et de préjugés. Dans ce contexte, Révérend Sun Myung MOON (10) estime qu’il ne peut y avoir de paix dans le monde sans l’unité du judaïsme, du christianisme et de l’islam. A notre avis, cette unité, il faut la chercher en Afrique qui est le poumon spirituel de l’humanité. Il s’agit là d’une véritable refondation théologique africaine devant placer l’être africain et l’humanité au-dessus des conflits et des contradictions des religions, notamment monothéistes.

 

  1. 3. Urgence et obligation d’une nouvelle vision  de la paix et du développement de l’Afrique

 

Il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’une nouvelle vision de la paix et du développement de l’Afrique est une urgence absolue et une obligation capitale pour éviter à la fois l’assassinat et le suicide de l’Afrique. Une nouvelle histoire du monde est en train de s’écrire dans la plus grande douleur pour l’Afrique. Cette dernière doit concrétiser son utopie de redevenir l’Afrique berceau de l’humanité. L’éducation, la culture, la recherche et une nouvelle vision politique et économique bien enracinée dans la paix et la justice sont des atouts majeurs pour l’Afrique d’aujourd’hui et de demain. Elle doit développer  sa propre vision culturelle de la paix et du développement devant déboucher sur des modèles de développement culturellement durable qui intègrent globalement les indicateurs fondamentaux de l’identité africaine et du bonheur social. Il n’y aura pas de développement durable sans l’émergence d’une Afrique qui propose un nouveau monde conditionnant une nouvelle utilisation rationnelle des ressources naturelles.

Pour reprendre un concept cher à Engelbert MVENG (11), la paupérisation anthropologique de l’Afrique et de l’Africain est grave et continue. Il faut un sursaut de l’être africain. Une nouvelle vision du développement et de la paix en Afrique fondée sur la justice doit être assortie d’une vision d’un nouvel ordre africain de l’information et de la communication (NOAIC) juste, libre, solidaire et efficace, tirant profit des avantages des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour faire face au NOIREPA. Il faut se démarquer du modèle occidental et oriental de gaspillage et de destruction des ressources naturelles, en optant pour une approche écologique culturellement africaine.

 

Une nouvelle vision appelle du courage de se démarquer des modèles existants qui ont conduit l’Afrique tout droit au mur depuis les indépendances. L’Afrique doit sortir de l’inertie de fonctionnaires politiques par l’émergence et l’imposition des leaders politiques visionnaires qui savent rêver l’irréel et transformer l’irréel en réel. Il faut sortir des pièges d’un libéralisme fou qui conduit l’Occident à la dérive ; la vision suprême d’un capitalisme sans contrôle et repères a échoué. La crise financière et économique actuelle en est une preuve. La dimension politique du développement, mettant en exergue le rôle de l’Etat, est revenue au devant de la scène avec les dérapages du marché. En effet, la contre-révolution néoclassique a tout d’abord prêché la réduction très sensible du rôle de l’Etat au profit du marché. Les échecs et les dérapages de la crise financière et économique ont nécessité l’intervention de l’Etat en Occident dans le cadre de la bonne gouvernance. Ce sont les Etats qui se sont engagés à prendre des décisions draconiennes et non les privés pour sauver l’économie. Il faut éviter aussi un socialisme occidental moins innovant et quelque peu inadapté aux réalités africaines. Ces deux systèmes, à savoir le capitalisme libéral et le socialisme d’Etat, doivent être analysés dans le contexte politique et culturel africain. « L’écart grandissant dans le monde actuel entre riches et pauvres, à la fois entre pays et dans des secteurs croissants de la société, effectivement exclus de leur juste part de la richesse et de l’égalité des chances, même dans les pays les plus riches, n’est que la manifestation la plus évidente de l’inadaptation de ces deux systèmes. Leur trait commun est d’être fondamentalement non culturels dans leur approche du processus de développement. » (12)

L’Afrique doit reprendre sa place de berceau de l’humanité en redevenant l’Afrique, et éviter tant soit peu l’affrontement de l’Occident et de l’Orient sur son sol, son sous-sol et tout son espace aérien. Elle ne doit attendre aucun cadeau de ces deux grands protagonistes. Elle a la vocation de mettre fin à cet affrontement par sa nouvelle vision de la paix, de la justice et du développement. Face au monde menacé par des conflits religieux et des actes de terrorisme, elle doit jouer le rôle de poumon spirituel de l’humanité en se mettant au-dessus des conflits des religions et en proposant une vraie théologie africaine libératrice. C’est à elle d’écrire la nouvelle vision mondiale de la justice, de la paix et du développement, car le troisième millénaire est le millénaire de l’Afrique, millénaire de la justice et du développement. Il faut une nouvelle élite politique, sociale et économique africaine capable de proposer une nouvelle vision et de l’assumer par tous les moyens afin que l’Afrique redevienne l’Afrique, berceau de l’humanité, avec des institutions fortes. L’avenir de l’humanité se joue en Afrique. La nouvelle élite africaine doit être capable de construire l’unité de l’Afrique. Face à deux blocs de puissances coalisées et unies, l’Afrique doit s’unir pour faire face aux défis majeurs d’invisibilité et d’inexistence. Plus qu’hier, le besoin des Etats-Unis d’Afrique est une utopie réalisable.

Communication présentée le jeudi 12 avril 2012 à l’Unesco dans le cadre de la Conférence européenne de dirigeants organisée par la Fédération pour la Paix Universelle (FPU) en partenariat avec plusieurs organismes et ONG.

Contact : mavingatsafunar@hotmail.com ceprocomafrique@hotmail.com Tél. : (0033) 0620460064

Pasteur professeur Armand MAVINGA TSAFUNENGA est écrivain poète, enseignant, Pasteur évangéliste, chercheur en sociologie de l’information et de la communication, du développement et des religions, expert en formulation des politiques culturelles pour le développement en Afrique, Ambassadeur de paix, combattant de la justice, Président du Centre d’études et de promotion de la culture et de la communication en Afrique et du Mouvement pour la Paix et le Développement du Congo (MPDC), Directeur adjoint du Laboratoire d’Anthropologie de la Renaissance Africaine (LARA), Vice-Président de l’Association pour la Fédération et le Développement de l’Afrique (AFDA) et de l’Université Populaire Kwame Nkrumah (UPKN) à Paris, Fondateur de l’Ecole Littéraire et Artistique Sombritude et Justice (ELASOJU) en octobre 2010 à Paris, spécialiste de la lexicologie et de la théologie de la libération de Simon Kimbangu, membre de sociétés savantes et de l’association 3RA (Retraite Reconversion Retraite en Afrique). Auteur de plusieurs ouvrages dont : A la recherche d’un modèle de développement culturellement durable. Pour bâtir une nouvelle et vraie République Démocratique du Congo, Pyramide Papyrus Presse, Paris 2007 ; Narcotiques et Illusion, Pyramide Papyrus Presse, Paris 2010 ; Cimetière de vivants, L’Harmattan, Paris 2010 ; Sombritude et Justice, Ceprocom-Afrique, Paris 2012 ; Guerriers et anges de la paix, Ceprocom-Afrique, Paris 2012 ; Le cœur qui aime, Ceprocom-Afrique, Paris 2012 ; Cris puissants des opprimés, Ceprocom-Afrique, Paris 2012.

Notes et références bibliographiques

  1. Joseph KIZERBO dans sa communication intitulée « De l’Afrique réservoir et ustensile à l’Afrique partenaire », présentée au IVème Congrès sur la dépendance de l’Afrique et les moyens d’y remédier qui s’est tenu à Kinshasa (République Démocratique du Congo, ex Zaïre, en 1978.
  2. Déclaration de Mexico et Rapport final de la Conférence mondiale sur les politiques culturelles qui s’est tenue à Mexico, du 28 juillet au 06 août 1982, p. 40.
  3. Rapport de la Commission mondiale de la culture et du développement de l’UNESCO intitulé « Notre diversité créatrice », Paris, Unesco, 1996, p.251.
  4. Armand MAVINGA TSAFUNENGA, A la recherche d’un modèle de développement culturellement durable. Pour bâtir une nouvelle et vraie République Démocratique du Congo, Paris, Pyramide Papyrus Presse, p.71.
  5. UNESCO, Changement et continuité. Principes et instruments pour l’approche culturelle du développement, Paris, Unesco/Editions PUBLISUD, 1999, p.51.
  6. UNESCO, ibidem, p. 49-50.
  7. Lire Armand MAVINGA TSAFUNENGA dans l’avant-propos de son recueil intitulé Sombritude et Justice, Paris, Ceprocom-Afrique, 2012.
  8. Jean-Paul WILLAIME, Le retour du religieux dans la sphère publique-Vers une laïcité de reconnaissance et de dialogue, Paris, Editions Olivétan, 2008.
  9. P. Samuel HUNGTINGTON, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997.

10.  Sun Myung MOON, Ma vie au service de la paix. Mémoires, Paris, Jean Picollec Editeur, 2011.

11.  Engelbert MVENG – B.L. LIPAWING, Théologie, libération, cultures africaines, Paris, Présence Africaine, Yaoundé, Editions Clé, 1996.

12.  UNESCO, Changement et continuité. Principes et instruments pour l’approche culturelle du développement, op.cit., p.41.