L’assassinat de Samuel Paty nous a horrifiés. Il nous renvoie aux images terrifiantes des crimes perpétrés au nom de l’État islamique ou de son idéologie. De plus, il a été commis sur un professeur, devant son école, avec la complicité indirecte de parents et d’adolescents.

La réaction forte des autorités nous rassure. Les mesures pour renforcer notre sécurité nous réconfortent. Mais, au fond, nous sommes inquiets. Car il s’agit d’un problème de société aux racines profondes, que de simples mesures politiques ne peuvent régler. Il touche, en partie, au respect des croyances et à la place de la religion dans la société.

Des commentateurs et de nombreux responsables musulmans disent avec raison que c’est l’islam politique qu’il faut viser et non l’islam religieux. Cependant, l’imbrication du politique et du religieux rend la question difficile. Comme le corps et l’esprit, l’un utilise l’autre à ses fins.

Liberté, égalité, fraternité. Nos valeurs républicaines, au centre des débats, sont interdépendantes. Mais pour être opérantes, elles doivent reposer sur un principe universel qui les transcende : celui de l’altruisme, du « vivre pour autrui », qui commence par le respect des autres et de leurs différences. Sinon, elles deviennent sources de conflits. C’est le triste spectacle qu’on a chaque jour sous les yeux. Liberté d’expression contre liberté de conscience, conflits des revendications égalitaires, droits contre droits. Chacun tire la couverture à lui.

Parmi ces trois valeurs, c’est la fraternité qu’on revendique le moins. Car elle est plus exigeante, dès qu’on la considère « universelle ». Or, c’est à elle que les religions se réfèrent le plus. Elle est au centre de leur enseignement. Sa présence dans notre devise républicaine, d’ailleurs, n’est pas étrangère au fondement chrétien de notre pays. Mais sans doute, on ne l’a pas assez pratiquée.

Chaque tradition religieuse ne comporte-t-elle pas en son cœur et dans ses Textes sacrés, le principe essentiel qui pourrait rendre ces valeurs républicaines opérantes ?  Elles enseignent que l’altruisme et le fait de considérer son prochain comme son frère ou sa sœur, viennent de ce principe universel et transcendant à l’origine de l’univers et de l’humanité. Ceci n’est pas à négliger à l’heure de la mondialisation !

Les religions ont une responsabilité dans les conflits qui nous affectent. Mais les négliger serait aussi illusoire et contreproductif que négliger l’esprit au profit du corps.

Les confessions religieuses ont du chemin à faire pour montrer l’exemple de la fraternité.

Mais un Conseil interreligieux de sages, reconnus pour leur ouverture de cœur et d’esprit, ayant fait preuve de leur capacité à transcender les intérêts limités de leur nation et de leur dénomination, à la manière d’un Gandhi, d’une Mère Teresa ou d’un Abbé Pierre, représentant chaque confession majeure de chaque religion de France, contribuerait à apaiser les esprits. Il aiderait à contrôler les courants de violence qui continueront à jaillir à l’avenir quelles que soient les mesures prises aujourd’hui par les autorités. Ne serait-il pas un instrument à privilégier pour contrer les velléités extrémistes ?

Un Conseil interreligieux, reconnu par les autorités comme un interlocuteur établi et régulier, serait un défi pour les responsables religieux et les dirigeants politiques. N’y aurait-il pas en France des hommes et des femmes à la hauteur d’une telle mission ?
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