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Proposition pour un Tunnel de la paix du détroit de Béring

Tunnel de la paix du détroit de Béring

Un pont pour une nouvelle ère de coopération internationale

Les informations faisant état d’une possible rencontre entre les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump en Alaska ont relancé les discussions sur le tunnel du détroit de Béring. Le projet ne date pas d’hier. Pour beaucoup ce serait un symbole potentiel de paix et de coopération. Au dire de ses partisans, une telle liaison intercontinentale entre la Russie et les États-Unis constituerait une voie de transport utile tout en étant le signe d’une percée dans les relations entre les deux pays.

À l’heure où les appels à la stabilité et à un engagement constructif se multiplient, rares sont les projets qui présentent autant de charge symbolique concrète que ce tunnel de la paix du détroit de Béring. Cette liaison ferroviaire et infrastructurelle reliant l’Alaska à la région russe de la Tchoukotka unirait les continents américain et eurasien. Selon ses promoteurs, elle pourrait marquer le début d’une nouvelle ère de dialogue et de collaboration entre les États-Unis, la Russie et d’autres nations, offrant un canal pour une meilleure communication et une meilleure coopération.

L’idée de relier l’Eurasie et l’Amérique du Nord par le détroit de Béring remonte à la fin du XIXe siècle. En 1890, William Gilpin, premier gouverneur territorial du Colorado, proposa un chemin de fer intercontinental avec un tunnel sous le détroit de Béring dans le cadre d’un réseau de transport mondial. Le Canada explora également des concepts d’expansion ferroviaire vers le Nord à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, comme des lignes vers Dawson City, intégrables à un réseau transcontinental plus vaste.

Le tsar russe Nicolas II donna son accord provisoire en 1905 pour la construction d’un tunnel ferroviaire, mais en 1907, dans un contexte d’instabilité politique après la révolution de 1905 et de craintes d’une ingérence américaine, son gouvernement retira son soutien. En 1906, un consortium d’intérêts russes, américains et français annonça un projet ambitieux, rapporté par le New York Times, mais les archives suggèrent qu’il resta à l’état de concept préliminaire.

Lors de la conférence de Potsdam de 1945, le dirigeant soviétique Joseph Staline proposa au président américain Harry Truman un tunnel ou un pont pour relier leurs réseaux ferroviaires, mais Truman déclina l’offre en raison des tensions liées à la guerre froide. Au milieu du XXe siècle, l’ingénieur sino-américain Tung-Yen Lin promut l’idée d’un « pont intercontinental pour la paix ». De même, Joseph Strauss, ingénieur en chef du Golden Gate Bridge, évoqua publiquement le potentiel d’une liaison par le détroit de Béring.

En 1981, le Dr Sun Myung Moon exposa sa vision : un pont-tunnel de la paix de 85 km au détroit de Béring (estimé à 200 milliards de dollars à l’époque) dans le cadre d’une autoroute mondiale de la paix. Il réitéra cette vision lors de l’inauguration de la Fédération pour la paix universelle en 2005 et durant sa tournée inaugurale dans 100 pays. Son plaidoyer a été l’un des nombreux facteurs qui ont ravivé l’intérêt pour cette idée. Le Groupe régional international du détroit de Béring (IBSRG) et son successeur, l’IBSTRG, ont depuis offert aux ingénieurs, économistes, décideurs politiques et défenseurs de la paix une plateforme multilatérale d’étude de faisabilité du projet.

Le Conseil pour l’étude des forces productives (SOPS), organisme conjoint de l’Académie des sciences de Russie et du ministère du Développement économique, a joué un rôle essentiel pour la justification contemporaine du projet du détroit de Béring par la Russie. Sous la direction de l’économiste Alexander Granberg dans les années 1990, le SOPS a coordonné des études multidisciplinaires, notamment des relevés aériens, la cartographie géotechnique et des concepts énergétiques. Le conseil prévoyait des avantages supplémentaires, tels que des gains d’efficacité énergétique grâce à l’intégration du réseau et à l’exploitation d’importantes ressources en Extrême-Orient russe, faisant du SOPS un pôle de connaissances central pour l’avancement du projet en Russie.

En 2014, le quotidien d’État chinois Beijing Times a fait état d’un projet d’ingénieurs chinois concernant une ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Pékin à l’Alaska via un tunnel de 200 km dans le détroit de Béring, baptisé officieusement « liaison Chine-Russie-Canada-Amérique ». Bien qu’il ne s’agisse pas d’un plan gouvernemental officiel, il s’inscrivait dans la vision chinoise de la « Belt and Road Initiative » (Initiative de la Ceinture et de la Route).

La ligne principale Amour-Iakoutsk en Russie atteint Nijni Bestyakh, en face de Iakoutsk, dans l’Extrême-Orient russe. Le pont ferroviaire sur la Léna est en construction (2024-2028), mais il n’y a aucune ligne ferroviaire à l’est, en direction de Magadan ou de la Tchoukotka. L’extension jusqu’au détroit de Béring reste un projet souhaité à long terme, malgré des défis tels que le dégel du pergélisol, l’activité sismique, l’éloignement et le manque d’infrastructures de soutien.

De frontière de division à corridor de paix

Historiquement ligne de séparation, le détroit de Béring pourrait devenir un symbole de partenariat. Les deux îles Diomède, l’une sur le territoire américain et l’autre en Russie, ne sont distantes que d’environ 4 km, offrant une image forte de reconnexion potentielle pour les communautés autochtones divisées par le « rideau de glace » de la guerre froide. Un tunnel pourrait favoriser le dialogue et la coopération, tout en nécessitant des accords clairs sur la gestion, la sécurité et la gouvernance impliquant toutes les parties prenantes, y compris les communautés autochtones.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la région du détroit de Béring jouait déjà un rôle de pont symbolique entre les États-Unis et l’Union soviétique. Grâce au programme Lend-Lease (Prêt-Bail), des avions américains ont été acheminés de l’Alaska vers la Sibérie via la liaison Alaska-Sibérie (ALSIB), passant près des îles Diomède. Ces livraisons ont renforcé l’effort de guerre soviétique contre l’Allemagne nazie et ont fait du détroit une porte d’entrée pour la coopération en temps de guerre. Pour de nombreux vétérans et historiens, cela rappelle que, même dans les moments les plus difficiles, les deux nations ont trouvé le moyen de collaborer vers un objectif commun.

Le corridor intercontinental proposé de 6 000 km pourrait intégrer des voies ferrées électrifiées, des lignes électriques à haute tension, des communications par fibre optique et, éventuellement, des oléoducs. Selon les estimations préliminaires citées par les promoteurs, le projet pourrait coûter entre 50 et 100 milliards de dollars et générer d’importants revenus de transport. Il pourrait réduire les temps de trajet entre l’Asie et l’Amérique du Nord par rapport aux routes exclusivement maritimes passant par les canaux de Suez ou de Panama. Les retombées pour les régions éloignées dépendraient d’investissements parallèles dans les infrastructures locales, toutes les prévisions étant préliminaires. Il pourrait également servir d’alternative ou de complément à la route maritime du Nord pendant certaines saisons.

Les Sceptiques et les défis

La faisabilité du tunnel se heurte à de nombreux obstacles. Un financement de 50 à 100 milliards de dollars nécessiterait une coopération internationale sans précédent. Bien que le détroit de Béring soit relativement peu profond et stable, le principal défi réside dans la construction de milliers de kilomètres de voies ferrées d’accès à travers la toundra arctique, soumise à des températures extrêmes (jusqu’à -50 °C), au pergélisol et à des saisons de construction courtes. La corrosion due à l’exposition au sel accentue la complexité du projet. Les estimations du volume de fret, comme celle des chemins de fer russes selon laquelle le tunnel pourrait transporter 3 % du fret mondial, sont jugées trop optimistes par les analystes face aux alternatives maritimes moins coûteuses.

Enfin, alors que la Russie prévoit à long terme le développement de corridors de transport vers la Tchoukotka, de leur côté, l’Alaska et le Canada manquent actuellement d’initiatives fédérales équivalentes ou de financements pour leurs infrastructures, ce qui crée un déséquilibre important en matière de préparation.

Faisabilité et impact

Une liaison opérationnelle pourrait encourager le tourisme, les échanges culturels et la collaboration en matière de recherche. Le transport ferroviaire électrifié pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre par rapport au transport maritime, mais il doit intégrer des technologies de stabilisation du pergélisol et des protections strictes pour les routes migratoires des oiseaux et les écosystèmes marins, en particulier dans la réserve naturelle « Bering Land Bridge ».

La mise en œuvre du projet nécessiterait des engagements financiers partagés, des études techniques rigoureuses et une mise en œuvre progressive. En 2025 il n’existe aucun accord officiel ni financement dédié, et le climat politique présente de sérieux obstacles.

Un appel à un leadership visionnaire

Le tunnel de la paix du détroit de Béring ne représente pas une solution miracle, mais il pourrait devenir un symbole concret de ce que la Fédération pour la paix universelle appelle « l’espoir de réconcilier des nations et des idéologies longtemps séparées » grâce à des infrastructures partagées. Il nécessiterait la participation coordonnée du Canada, de partenaires asiatiques comme la Chine, le Japon et la Corée, d’acteurs potentiels européens ou nordiques intéressés par le développement de l’Arctique, et bien sûr des États-Unis et de la Russie.

Nous invitons les gouvernements, les institutions internationales, les investisseurs et la société civile à envisager le tunnel de la paix du détroit de Béring avec lucidité, en reconnaissant ses défis tout en explorant son potentiel. Nous demandons instamment la création d’une commission technique internationale chargée de mener des études de faisabilité et de favoriser le dialogue au-delà des contraintes politiques actuelles, afin de déterminer comment cette vision pourrait se transformer en un projet viable profitant à toute l’humanité, grâce à une vérification minutieuse des précédents historiques, à des études de faisabilité technique et à une évaluation complète des impacts économiques et environnementaux.

Tageldin Hamad

Président de la Fédération pour la paix universelle

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