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Un appel de la FPU à la coopération interreligieuse pour le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme

Doter les Nations unies d’un conseil interreligieux : l’idée paraissait incongrue voilà quelques années. Pourquoi donc associer les puissances spirituelles aux États pour rechercher la paix ? Or l’actualité montre bien qu’il ne s’agit pas d’un gadget. Partout dans le monde, l’interreligieux progresse et réussit à apaiser les conflits, définir des valeurs communes, promouvoir l’unité dans la diversité. L’ONU ne peut rester un des derniers bastions du globe où la ressource interreligieuse pour la paix reste inexploitée.

La Fédération pour la paix universelle a fait alliance avec de nombreux spécialistes du sujet pour réitérer cette demande. Fort judicieusement, les organisateurs avaient choisi comme moment le 60e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme et comme lieu la ville de Genève. C’est bien connu : l’ONU a sa tête à New York, et son cœur à Genève.

Discrets et retentissants

Coincée au bout d’un lac, dans le cul-de-sac de la Suisse, à l’ombre du Mont-Blanc, Genève est un lieu discret à tous les sens du terme : ultime appendice de la Suisse et résumé de ses valeurs, elle se détache du système helvétique par sa singularité de ville mondiale, assumée sobrement et sans tapage.

La géographie et l’histoire semblent s’être ingéniées à faire de ce lieu discret une chambre d’écho à des vérités universelles qui ont bouleversé l’histoire du monde. C’est justement en plein cœur du Palais des Nations de Genève que plusieurs jeunes résidents de la ville ont lancé une déclaration aussi posée que retentissante : la déclaration de Genève sur la coopération interreligieuse (DGCIR).

Représentant un grand nombre de dénominations religieuses, vêtus selon leurs traditions mais parlant d’un même cœur et d’une même voix, ces jeunes gens pleins de fraîcheur ont demandé solennellement à l’ONU de se doter rapidement d’un conseil interreligieux. Le dialogue interreligieux est solidement implanté à Genève. Cette réussite dans une ville doit s’étendre au reste de la planète : une déclaration urbi et orbi en somme (à la ville et au monde) dans la « Rome protestante » ainsi surnommée en souvenir de Jean Calvin.

Judicieusement, la « Conférence de Genève sur la coopération interconfessionnelle et la protection de la dignité et des droits de l’homme » s’est donc ouverte par un gros plan sur Genève, laboratoire de l’interreligieux. Le 24 octobre 1999, un service interreligieux tenu à la cathédrale protestante de Genève avait adressé aux Nations unies l’Appel spirituel de Genève. Deux des signataires de cet appel, William Mc Comish, longtemps doyen de la cathédrale protestante de Genève, et M. Hafid Ouardiri, porte-parole depuis 30 ans de la grande mosquée de Genève, ont expliqué à un auditoire stupéfait jusqu’où peut aller la coopération interreligieuse : « Un jour, je ne pouvais me rendre à une réunion pour expliquer le point de vue de l’islam sur un certain sujet, a rappelé Ouardiri. J’ai demandé à M. Mc Comish de représenter l’islam, on m’a dit qu’il s’en était pas mal tiré. La prochaine fois, je peux faire le protestant. »

Ce préambule très chaleureux a mis en confiance les jeunes délégués qui depuis trois semaines avaient travaillé à leur déclaration commune. Des jeunes discrets et retentissants, à l’image de leur ville.

Ordonner le cœur

La déclaration devrait avoir d’autant plus de portée qu’elle s’est faite dans la magnifique salle xii du Palais des Nations et que son baptême avait l’onction des plus hautes autorités. Après la lecture d’un message de Federico Mayor (ex secrétaire général de l’Unesco), les missions diplomatiques d’Indonésie et des Philippines à Genève représentées au plus haut niveau ont ouvert les travaux. M. Karim Wibisono d’Indonésie, ancien président de la commission des droits de l’homme de l’ONU et ancien président de l’ECOSOC, a exhorté les jeunes de différentes religions à offrir séance tenante une simulation de réunion interreligieuse à l’ONU. Madame Erlinda Basilion, ambassadrice des Philippines à Genève était également présente tout au long des travaux avec une imposante délégation philippine.

Les participants ont été émus par la dignité et la sincérité des 15 jeunes délégués représentant le catholicisme, le protestantisme, l’hindouisme, le sikhisme, le bouddhisme, l’islam et l’unificationnisme. Tous ont émis des propositions concrètes pour un fonctionnement efficace du futur conseil interreligieux à l’ONU.

L’atmosphère était d’autant plus élevée que la spiritualité a été présente d’un bout à l’autre. Alors que le mois de Ramadan ne faisait que commencer, tous les jeunes délégués ont décidé de soutenir activement leurs « frères et sœurs » musulmans dans le jeûne rituel. Par ailleurs, le Dr Bongkot Sittipol, sponsor principal de la conférence, a fait passer sur les travaux un grand souffle de spiritualité, voire de sainteté. Cette Thaïlandaise remarquable, mère de trois enfants, a été bouleversée par la tragédie survenue au Cambodge voisin, lors de la période khmère rouge. Dans une région du monde où le bouddhisme est souvent une religion de salut individuel très portée sur les rituels, elle a créé un grand mouvement de spiritualité aux implications sociales très fortes, fondée sur la notion qu’elle appelle « ordonner le cœur pour la paix mondiale ». Le Dr Sittipol stimule en chaque conscience un ardent désir de purification intérieure, de recherche de la vraie joie, dans la plus grande simplicité.

Commencés au Palais des Nations, les travaux qui réunissaient plus de 250 personnes de toute l’Europe, dont plusieurs sommités religieuses ou académiques, se sont poursuivis le lendemain à l’Hôtel Ramada de Genève. Il s’agissait surtout d’explorer les champs pratiques de la coopération interreligieuse pour la paix et le respect des droits de l’homme.